Voyage au bout de l'ennui

Avis sur Les Confins du monde

Avatar Théloma
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N'est pas Coppola ou Cimino qui veut. Le projet de Guillaume Nicloux ne manquait assurément pas d'ambition : le récit de ce soldat meurtri, Robert Tassen - qui en pleine guerre d'Indochine se met en tête de retrouver un chef militaire viet-minh responsable de la mort de son frère et coupable des crimes de guerre les plus abominables qui soient. Comme Willard (Martin Sheen) vis-à-vis de Kurtz (Malon Brando), Tassen nourrit une obsession grandissante à l'encontre du monstre qu'il poursuit. Obsession qui se heurte bientôt à une histoire sentimentale mal assumée avec une prostituée rencontrée un soir.
Le film entend ainsi tracer le portrait d'un homme tourmenté dont les angoisses et désirs personnels entrent en conflit avec la logique de la guerre, non pas la sienne mais celle des états-majors.
Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ses "tempêtes-sous-un-crâne" se voient. Ostensiblement. Dès les premières images - et l'interminable dernier plan qui leur répond en miroir - on voit Tassen, visiblement préoccupé, figé en plein mutisme. A l'arrière plan, des soldats vont et viennent à leurs occupations quotidiennes dans un ballet dont il semble exclus. Belle introduction certes, et qui laisse beaucoup d'espoirs pour la suite...
Sauf qu'on n'en n'a pas fini de le voir, Tassen, réfléchir et s'interroger, et faire la tête...des mois durant (et pour nous 1H43). Réfléchir à la légitimité de sa quête vengeresse, ou réfléchir à la place qu'il doit accorder (ou pas) aux sentiments qu'il éprouve pour la prostituée. Cette abondance de plans introspectifs cherchent de toute évidence à planter le personnage mais franchement à la longue on a plus envie de le planter là avec ses états d'âmes qu'à l'accompagner dans sa plombante quête existentielle.
D'autant que si la restitution de l'atmosphère suffocante de cette Indochine à la faune, au climat et aux populations inhospitalières est plutôt réussie, le travail sur les personnages est en revanche un vrai désastre.
En cause, des dialogues d'une pauvreté consternante (et d'ailleurs souvent coupés brutalement sans qu'on ne s'explique vraiment la raison) et ce choix de mettre au centre de la problématique des soldats une obsession de la virilité en mode ultra basique. Le sexe masculin, caché ou montré, érigé ou squatté par des sangsues (si si), vaillant ou impuissant prend petit à petit toute la place dans l'histoire. Et en même temps, il faut le dire, on s'en branle un peu de toutes ces considérations de mâles inquiets.

Car pas de chance, Tassen, le torturé du ciboulot est non seulement jaloux comme un pou avec sa prostituée de cœur mais en plus son meilleur pote n'en finit pas de lui prendre la tête à défaut de le prendre tout court étant lui-même un homosexuel refoulé.

Le film se repositionne régulièrement sur l'obsession initiale de Tassen -sa quête du chef militaire - mais pour revenir sans cesse sur ces questions existentielles visiblement incontournables même au cœur de l'enfer le plus noir : c'est qui qu'a la plus grosse ? Est ce que t'as couché avec ma copine ? Est-ce que t'as pris ton pied ?...etc...
Bref, ou verge ou courge et dans quel état j'erre.

Personnages/Interprétation : 4/10 (j'ai oublié de mentionner Depardieu qui est celui qui s'en sort le mieux en jouant une sorte de Kurtz -avec son bouquin - mais qu'aurait pas perdu la tête, lui )
Scénario/histoire : 4/10
Mise en scène/photo/musique : 6/10

4.5/10

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