Le charme du blockbuster d'antan

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1939 est une année formidable pour le western qui, en l'espace de trois films, revient sur le devant de la scène et s'impose comme l'un des genres phares à Hollywood. "Stagecoach" impose sa puissance dramatique, "Destry Rides Again" celle de la comédie et "Dodge City" porte magnifiquement sa dimension grand spectacle. Bien loin de la superficialité des blockbusters actuels, le film de Curtiz concrétise à l'écran toutes les attentes inhérentes à un film de ce genre, alliant parfaitement spectacle populaire et œuvre de qualité. Bien sûr l'histoire ne brille guère par sa subtilité et Curtiz n'y développe pas une quelconque réflexion sur la société de l'époque, qu'importe ce n'est pas le propos. "Dodge City" est l'un des premiers westerns en couleur et son objectif est de nous en mettre plein la vue...et sur ce point, il y réussit parfaitement ! Curtiz mène son western avec le même panache dont il faisait preuve avec ses films d'aventures, le rythme est enlevé, la mise en scène dynamique, les séquences de bravoures fort nombreuses et l'humour omniprésent. En plus, il n'oublie pas le glamour en réunissant l'un des plus beaux couples du grand écran, Errol Flynn et Olivia de Haviland, tous deux magnifiques dans des rôles taillés sur mesure. "Dodge City" n'est en rien un chef-d'œuvre mais c'est un film purement jubilatoire, magnifique de simplicité qui a le mérite de vous faire retomber en enfance à chaque visionnage, émerveillé à chaque fois devant un tel spectacle.

Le titre français annonce assez mal la couleur car la conquête de l'ouest n'est que superficiellement abordée, l'irruption de la modernité dans cette contrée sauvage est surtout symbolisée par la course entre le "cheval de fer" et une diligence lors de la séquence d'ouverture. Ensuite l'histoire se concentre sur le développement d'une nouvelle ville, Dodge City, qui, à l'image du pays, va devoir grandir, s'affranchir de l'emprise de petits tyrans locaux et d'une vie sauvage où la loi n'existe pas et l'anarchie comme la violence règnent en maîtres. À l'image de nos blockbusters actuels, le discours est forcément policé, la morale et l'esprit démocratique vont triompher de la sauvagerie et de la loi du plus fort. Le film est d'ailleurs d'un manichéisme assumé avec l'affrontement entre les personnages de Hatton (E.Flynn) et de Surrett (B.Cabot) ; personnages totalement archétypaux puisque Flynn incarne le parfait héros, sorte d'ersatz de Wyatt Earp, tout en droiture, courage et intégrité, contrairement à Cabot qui n'est que lâcheté, brutalité et infamie.

Mais fort heureusement tous ces clichés n'écrasent pas la narration, bien au contraire car à partir d'eux Curtiz développe des idées intéressantes comme la libération de la femme ou le rôle de la presse dans la démocratie. Mais surtout il met en scène avec un certain brio tout ce qui deviendra par la suite les fondamentaux du genre : la progression du chemin de fer, les grands convois de bétails, la ville de l'ouest typique avec ses pistoleros, sa justice expéditive et ses scènes de pendaison, son saloon et ses bagarres, son barbier avec sa fameuse baignoire, son shérif et sa prison qui ne désemplit pas etc. C'est tout le western que l'on connaît ou que l'on imagine qui défile sous nos yeux !
Le spectacle est alors au rendez-vous avec ce magnifique technicolor qui rend grâce à la majesté des paysages, ces séquences époustouflantes comme cette charge d'un immense troupeau de bétail, cette bagarre totalement cartoonesque dans le saloon ou ce final dans un train en feu, et puis cet humour bon enfant qui agrémente le récit avec le personnage interprété par l'excellent Alan Hale.

Tout cela suffit à nous faire passer un agréable moment devant un western foncièrement sympathique, et à être forcément indulgent devant les quelques incohérences et facilités scénaristiques. Un film qui est un peu à l'image de la relation entre Errol Flynn et Olivia de Haviland où le charme l'emporte sur une histoire cousue de fil blanc.

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