Ode romanesque à notre modernité troublante

Avis sur Les Cowboys

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« Un fracas dans le monde » Voilà ce que voulait filmer Thomas Bidegain pour son premier film en tant que réalisateur-scénariste et non plus en tant que scénariste (pour Bonello avec Saint Laurent et pour Audiard avec Un prophète et De rouille et d’os). Bidegain réussit à filmer son fracas avec une subtilité originale. L’ambition affichée impressionne tout au long du film. Il faut donc être indulgent et sensible à cet audace.

Dès les 5 premières minutes, nous savons de quoi il en retourne : la petite fille d’un pilier de la communauté « cowboy » de la province française est enlevée. Enlevée ou plutôt partie volontairement avec son petit ami. Le père tombe de haut, apprenant à la fois qu’elle voyait quelqu’un et qu’elle soit partie de son noyau familiale. Il éclate de l'intérieur et fait tout pour la retrouver. Nous avons l’image d’un personnage désespéré qui nage à contre-courant. Il est à la fois rustre, notamment envers les membres de sa famille : sa femme et son fils. Ce dernier occupe une place importante dans le récit. Kid est celui qui doit supporter la colère destructrice de son père, parfois forcé de l’accompagner jusqu’aux lieux les plus éloignées pour poursuivre une quête semblant relevée de l’impossible.

La disparition soudaine puis la quête font basculer le film vers un sérieux d’abord déconcertant. Mais, l’ambiance sombre et sulfureuse tient en haleine le spectateur jusqu’à la fin et même avant, avec un évènement inattendu et fort. François Damiens sous les traits d’Alain est très bon comme l’ensemble du casting. Les acteurs sont vraisemblables et savent s’approprier les scènes. Alors, justement en parlant des scènes, on pourrait reprocher au film que quelquefois on ne sait pas exactement vers où l’on part. Précisément, on a l’impression parfois d’assister à des saynètes, des petites scènes, auxquelles la transition n’est pas toujours bien faite. De même, ces scènes ont une durée variable et parfois mal adaptée selon le contenu. Ainsi voilà le premier grand reproche que l’on pourrait en faire. Néanmoins, le défilement du temps est subtil et se fait comprendre par des indices sur la scène filmique. Il faut comprendre que la disparition n'est qu'un prétexte à un film rugueux, ouvrant un grand champ de directions narratives, trop nombreuses.

Tuer son personnage principal au milieu du film est un acte fort d’un point de vue scénaristique. Dans le film, Alain disparaît mais son acharnement à vouloir retrouver sa fille et l’instinct familial influent sur le jeune puis l’adulte Kid qui désire à son tour retrouver sa sœur à tout prix, quelque soit le lieu dans lequel elle se trouve. Il devient notre nouveau personnage principal et, comme les transitions temporelles, le glissement d’Alain à Kid est bien fait. Ça apporte plus d’aventure et de mobilité vraisemblable (on aurait difficilement accepté de voir François Damiens faire les mêmes erreurs dues à la jeunesse de Kid au Pakistan).

L’œuvre présente une nouvelle esthétique alternant caméra à l’épaule et plans fixes, variant les lumières conformément aux paysages continentaux ou ceux plus exotiques. Ceci combiné au bon casting font de cette œuvre, malgré ce qu’on peut en dire, un film de qualité. Tous ces éléments apportent de la fraicheur au spectateur et au cinéma français. L’environnement des cowboys est un bon choix assumé par le film, qui affiche une vraie ambition à la fois dans la forme mais aussi dans le contenu. Car Bidegain ne se perd pas dans son environnement et ne nous balance pas des objets de la culture américaine pour je ne sais quel délire. Son œuvre justifie ces éléments que sont la famille ancrée dans la communauté cowboy (qui existe bien dans certains coins en France) avec les prénoms à sonorité américaine comme Kelly ou Kid. Cet environnement correspond au lieu de référence de nos protagonistes et est logique au vue de la tournure que prend le film. On doit commencer dans ce lieu pour prendre assez de recul par rapport aux autres mondes que l’on va découvrir.

Le premier métrage relève d’un lyrisme enivrant tout en restant réaliste de par les thèmes actuels forts relatés (le traitement des femmes dans les pays du moyen-Orient, les relations internationales, et dans une moindre mesure les gitans). Alors il existe bien sûr quelques invraisemblances narratives

(lorsque la veuve sauvée retourne avec Kid en France, puis va se marier avec lui).

Il s’agit donc d'un film inégal mais avec une ambiance qui surprend positivement le spectateur. Je conseille !

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