Le goût aigre-doux de l'existence

Avis sur Les Délices de Tokyo

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Trois personnages représentant trois générations se retrouvent dans un même lieu (un petit restaurant de Dorayaki), rassemblés paradoxalement grâce à la solitude.

Tokue (la plus âgée), femme lumineuse, glisse à la fin du film à Sentaro (l'homme, son patron) sa sage explication de la vie: « (...) Nous sommes nés pour regarder et écouter. Alors, même sans réussir dans la vie, nous pouvons trouver un sens à notre existence. » Respectivement mère et fils de substitution, leur vie a été parcourue par les échecs et la douleur qui en découle - douleur morale principalement, pour Sentaro, alors que Tokue a d'abord souffert physiquement avant d'être reléguée à la marge du monde. Mais, au lieu de se lamenter, cette dernière préfère s'abandonner à un monde d'abord sensible, dans la souffrance mais aussi dans la joie, ce que la réalisatrice nippone Naomi Kawase nous transmet admirablement dans ses images sollicitant les sens: blancheur virginale des cerisiers en fleurs au début du film, puis feuilles jaunes caduques des arbres à la fin; couleurs vives des plantes, images de lumière qui accompagnent Tokue se rapprochant de sa fin; bruit du vent dans les arbres, des oiseaux, …; mais surtout murmure des haricots sucrés qui cuisent, grésillent, frissonnent lentement dans la casserole.

Bien que ses images nous touchent, tout comme l'histoire émouvante entre les trois inconnus et les sentiments qui en découlent, il est clair que la douce mélancolie à laquelle on succombe délicieusement, use parfois d'une photographie rappelant la publicité (ou les derniers films les plus médiocres de Terrence Malick), joue sur certains clichés bons pour l'export et est aussi généreuse en pathos que Tokue quand elle fourre ses Dorayaki.

Soulignons néanmoins l'audace de la réalisatrice qui consiste à combler le sens amputant le cinéma – le goût – en nous servant un film aigre-doux, où l'amertume des larmes versées se mêle à la douceur des haricots sucrés que nous prépare avec amour et poésie Tokue. Il nous parait donc nécessaire de se plonger dans cette chaleureuse cuisine, ne serait-ce que pour goûter une fois à ce produit venu d'ailleurs.

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