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Les Délices de Tokyo

Avatar Gabriël Salmon
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"An" de Naomi Kawase fait suite à plusieurs films dont "Still the water"(2014), "la Forêt de Mogari"(2007) et également "Hanezu, l'esprit des montagnes" (2011). Le film raconte l'histoire d'une vieille dame, d'un vendeur de dorayakis (pâtisseries fourrées au anko, le haricot rouge sucré qu'on trouve en terre nipponne) et d'une petite fille qui ne se sent pas à l'aise dans son foyer familial uniquement composé de sa mère célibataire. Cherchant un emploi à temps partiel pour l'aider à la boutique, Sentaro, le vendeur de dorayakis, est surpris de voir qu'une vieille dame (Kirin Kiki connue pour ses autres très bons rôles sur le grand écran dont notamment "Still Walking" de Kore-Eda) s'entête à vouloir travailler avec lui malgré son âge. La raison est simple, elle seule sait préparer la pâte anko comme personne d'autre, fruit d'un long travail méticuleusement orchestré et répété chaque matin aux aurores.

De manière inattendue , le film rebondit et prend une nouvelle dimension lorsqu'on apprend que Tokue san (Kirin Kiki) est atteinte d'une maladie (la lèpre) qui au delà de déformer certains aspects de son corps, la contraint à vivre en quarantaine à l'écart de la société depuis plusieurs années dans une maison isolée de la banlieue tokyoite. On découvre alors une personnalité attachante chez cette vieille femme qui panse ses maux par la contemplation et l'écoute de la nature, persuadée qu'il vaut mieux écouter les arbres que ses voisins. Si l'on pouvait s'attendre à ce que la réalisatrice mette en relief la transmission des savoirs (thème cher à la société japonaise), le film étonne car ce qui est ici enseigné, c'est la sagesse d'accepter, malade ou non, la vie comme elle vient, et de tenter de saisir du mieux que l'on peut tous les bienfaits spirituels et salvateurs que la nature peut nous offrir, comme un exutoire aux malaises sociétaux. Ce n'est pas la première fois que Naomi Kawase avait tenté d'aborder ce thème dans ses films, mais dans "An" la recette est simple et efficace car on se laisse volontiers charmer par la délicatesse des dialogues, par cette honnêteté qu'on trouve dans les rapports humains mais aussi par l'humour des personnages.

"An" est un nouvel épisode d'une longue série qui constitue le projet cinématographique de la réalisatrice japonaise. Une série de films avec pour même but de filmer et de faire parler cette nature envoûtante et magnifique comme elle est décrite dans la pensée shintoiste japonaise. Naowi Kawase réalise avec ce film peut être son plus beau souhait : retranscrire à l'écran son amour pour la nature et surtout quelque chose d'impalpable : sa croyance en ces divinités (kami) qui peuplent nos vies, du haricot azuki au pétale du cerisier. La dynamique qu'insuffle ce courant d'images d'arbres et de plats cuisinés hautement déifiés vient délicatement sublimer la trame du film : une prouesse de la part de la réalisatrice qui arrive ainsi à gagner en profondeur.

C'est ainsi qu'un film aux premiers abords plutôt léger devient dense et envoûtant. La très belle photographie du film, savamment préparée pendant la période des cerisiers en fleur au printemps, apaise et nous renvoie à ce que le Japon a de plus beau à offrir. Un film qui surpasse la simplicité et la légèreté de son sujet initial pour offrir une belle leçon de vie sur fond de pensée shintoiste.

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