Quand le cinéma raconte l'histoire de l'espérance de tout un peuple.

Avis sur Les Dix Commandements

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Film biblique par définition, "Les dix commandements" illustre le livre de l'Exode de la Bible. A l'heure où, à travers le Monde, de nombreux pays célèbrent Pâques dans un contexte particulier et douloureux, il raconte l'histoire d'un peuple libéré de l'esclavage pour aller vers la Terre promise.

"Les dix commandements" se veut aussi un message d'espoir vers un monde meilleur, vers une libération qui sera atteinte au prix de grands sacrifices et au terme d'un long chemin.

Quand Cecil B. De Mille s'attaque à cette oeuvre gigantesque, il entend surpasser ses réalisations passées du genre, notamment sa première version des "Dix commandements", réalisée du temps du muet, en 1923. D'une durée déjà importante de 136 minutes, elle se découpait en deux parties - comme d'autres films du genre -, une partie biblique et une autre, plus conséquente, se déroulant dans les années 20, afin de faire un parallèle avec le message biblique. 2 500 figurants sont dirigés par Cecil B. De Mille - il en dirigera 10 000 en 1932 dans Le signe de la croix- et 10 à 15 000 - selon les sources très variables - pour The Ten commandments version 1956.

Pour réaliser ce remake, le réalisateur choisit de supprimer la partie contemporaine jugée inutile et trop longue pour se consacrer exclusivement à l'histoire de Moïse, bien que le film se sépare également en deux parties. La première, fortement romancée, inspirée de plusieurs romans mettant en scène Moïse, notamment Le prince d'Egypte de Dorothy Clarke Wilson, se centre sur la jeunesse de notre héros, sa vie comme prince généreux et aimé des opprimés, sa rivalité avec son frère Ramsès et son amour pour la belle Néfertari.

Cette partie, glamour et des plus hollywoodiennes glorifie la présence et la beauté de ses interprètes - Charlton Heston, Yul Brynner, Anne Baxter, John Derek et Debra Paget - et comporte plusieurs morceaux de bravoure comme la construction de la Cité à la gloire de Pharaon avec son gigantesque obélisque, tracté et érigé par une myriade d'esclaves ou le retour triomphant du Prince d'Egypte.

Le départ de Moïse dans le désert et sa rencontre avec Yahvé par l'intermédiaire du buisson ardent marquent le tournant du film.
Le héros de péplum se tranforme en prophète, il en prend la barbe et la chevelure neigeuse. Au fil de l'histoire et des années qui passent, il se rapprochera de plus en plus de la figure de Moïse telle qu'elle est représentée - et imaginée -, notamment à travers la statue sculptée par Michel Ange en 1515, qui se trouve dans la Basilique Saint-Pierre-aux-Liens de Rome.

Ce serait d'ailleurs la comparaison de la statue avec le visage de Charlton Heston qui aurait décidé Ceci B. De Mille à retenir l'acteur pour ce rôle.

Pouvant sembler parfois un peu pesant, le film de Cecil B. de Mille souffre il est vrai de l'héritage du muet qui se sent dans un jeu assez théâtral, un souci de certaines poses étudiées, aspects surtout visibles dans la première partie du film.

On sent aussi la volonté de transformer certains plans en réels tableaux bibliques, notamment lors de la scène du passage de la mer Rouge. Gigantesque, magnifique, Charlton Heston étend ses grands bras, pour commander aux flots, inspiré par Dieu, et guider le peuple apeuré.
Le trucage demeure toujours aussi impressionnant. De l'eau se déverse d'immenses réservoirs, les couleurs chatoyantes frappent les yeux. Les images semblables à des tableaux se multiplient, comme celle des trois jeunes femmes, cheveux aux vent, en pose d'implorantes sous un ciel noir d'orage.

La somptueuse partition musicale d'Elmer Bernstein accompagne ce moment grandiose.

On retient aussi du film des moments plus calmes et combien évocateurs comme celle où Fraser Clarke Heston, fils de Charlton Heston, dans le rôle de Moïse Bébé, déposé dans un berceau d'osier vogue sur le Nil pour finalement être recueilli par la fille de Pharaon qui l'élèvera comme un prince, ou encore l'ascension du Mont Sinai par Moïse devenu berger, attiré par un mystérieux buisson qui brûle sans se consumer.

D'autres instants réussis frappent les esprits, comme l'évocation des dix plaies d'Egypte, pour lesquelles les concepteurs d'effets spéciaux ont rivalisé d'imagination, fumée verte évoquant la pestilence, pop corns peints en blanc déversés sur les acteurs pour figurer la grêle. Le tout est des plus réussis, replacé bien entendu dans le contexte de l'époque.

Le film remportera d'ailleurs son seul oscar - il avait été nominé sept fois - pour ses effets spéciaux.

Monument du cinéma américain, "Les dix commandements" résume à lui seul l'histoire du cinéma américain de l'époque en réunissant un casting de rêve, en jouant sur le gigantisme des décors et la force dramatique de l'interprétation.

Quel bonheur de penser que le meilleur restait encore à venir, trois ans après, avec "Ben Hur", qui proposera un film dépouillé de l'aspect théâtral que l'on peut reprocher aux "Dix Commandements" pour un ton plus profond et un jeu plus naturel, porté une nouvelle fois par un formidable Charlton Heston.

"Les dix commandements" fera l'objet de plusieurs autres adaptations en film, téléfilm, dessin animé et comédie musicale. Mentionnons notamment le très réussi - sans avoir le grandiose du film de 56 - téléfilm de 1996, de Robert Young, "Moïse", issu d'une série de téléfilms de qualité retraçant les grandes histoires de la Bible. Ben Kingsley y incarne un Moïse des plus convaincants et les moyens sont dignes d'une superproduction.

Gigantesque production de l'âge d'or hollywoodien, "Les dix commandements" garde toute sa force d'évocation à travers 3h40 grandioses, qui en mettent plein les yeux. A voir absolument.

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