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Les Enchaînés par pasteque68

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"Les Enchaînés, c'est la quintessence de Hitchcock" déclarait François Truffaut dans son fameux livre d'entretiens avec le maître. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un agent du gouvernement américain, propose à la fille d'un espion nazi condamné , d'infiltrer le réseau d' un ami de son père qui vit à Rio. Sur le thème de l'amour et du devoir, Alfred Hitchcock , après La Maison du docteur Edwardes, nous propose un film avec un suspense sentimental aux airs de film d'espionnage classique. On est en 1946. L'action du film est actuelle. Les prouesses de la caméra d' Alfred Hitchcock font naître une tension toute d'élégance et de légèreté. Ce curieux mélodrame politique et policier surprend aujourd'hui par sa vérité psychologique et sa limpidité dans sa narration si moderne. On peut dire que c'est une histoire d'amour à 3 quand même. Il n'y a pas vraiment d'action et pourtant on est happé par ce film grâce à un suspense permanent. Certains films comme Mission impossible 2 ou Espions(s) s'en sont inspirés clairement. De merveilleuses séquences émaillent le film avec ce terrible décompte symbolisé par une caisse de bouteilles de champagne ou par la descente d'un escalier afin de piéger les amants ou encore ce vol de la clé du cellier. Avec un travelling dantesque , Alfred Hitchcock va sublimer cette réception de la clé entre nos deux héros, qui est là, dans la paume de la main d'Ingrid Bergman au milieu des nazis. Le début du film est un peu bizarre à mon goût. Ingrid Bergman en fille délurée, c'est un peu difficile à croire pour moi. Dommage aussi que la fin soit si rapide et abrupte. Les personnages sont enchaînés à leur amour et à leurs devoirs. Le titre français est bien vu pour une fois. Le titre original , Notorious, plus célèbre signifie « tristement célèbre, peu recommandable ». Puis alors, cette façon de filmer une tasse de café, un trousseau de clé, ou même de présenter un personnage avec Cary Grant de dos, c'est extraordinaire. Sur une très belle musique de Roy Webb, Alfred Hitchcock présente l'un de ses films les plus épurés. La frayeur est toujours finement suggérée par des jeux d'ombre ou de magnifiques plans obliques. Puis, quelle famille entre le pas si vilain Claude Rains et sa mère ! les rapports entre eux font penser à Psychose . Dans l'histoire, le véritable symbole du mal, finalement, c'est la la belle-mère. Alfred Hitchcock nous la montre certaines fois chauve, avec souvent la cigarette entre les dents. Les enchainés, c'est aussi un film féministe avant l'heure. D'abord, c'est Ingrid Bergman qui apparaît le plus à l'écran et Cary Grant fait presque figure de second rôle. Elle roule à 130 km/heure en voiture et elle aime faire la fête avec des hommes . On est quand même en 1946. Dans son rôle, on l'a sous-entend alcoolique et fille facile. Cary Grant est, quant à lui, est à son sommet. Il est beau, grand, élégant comme toujours mais dans sa vie d'acteur, il n’aime pas les femmes. Et Alfred Hitchcock le sait. Il lui présente alors la plus belle femme que l’on puisse imaginer avec Ingrid Bergman. Le film est un des plus grands succès financiers d'Hitchcock, rapportant 8 millions de dollars pour un coût de 2 millions. Le caméo d'Hitchcock se situe au milieu quand il boit rapidement du champagne lors de la réception. Il faut savoir que pour la grande scène du baiser entre nos deux stars, à l'époque, la censure ne tolérait pas de baisers de plus de trois secondes. Alfred Hitchcock ,lui, la contournera en demandant aux deux acteurs de dialoguer bouche contre bouche et de répéter plusieurs petits baisers qui n'excèdent pas deux secondes. Les deux interprètes n'ont , parait-il, guère apprécié le tournage de cette scène assez complexe. Le code Hays interdisait les baisers trop longs. Donc, il s'amuse à le détourner . L'idée consiste alors à prolonger l'échange au delà des trois minutes. Au final, la scène est d'une grande intensité. François Truffaut affirmera d'ailleurs que le cinéaste "filme des scènes d'amour comme des scènes de meurtre et des scènes de meurtres comme des scènes d'amour". Les effets de mise en scène déployés par Hitchcock sont extraordinaires d’ingéniosité et de virtuosité. Qu’il s’agisse de ce mouvement à la grue venant zoomer sur le trousseau de clés posé sur une commode ou ce travelling latéral de Claude Rains venant saisir et baiser les deux mains de Bergman refermées sur cette clé, ou encore ces plans de tasses de café prononçant l’empoisonnement progressif de la belle Ingrid Bergman, tout est inventif.

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