Avis sur

Les Enchaînés par Alligator

Avatar Alligator
Critique publiée par le

oct 2010:

Un Hitchcock que je n'avais pas vu depuis fort longtemps. Tant et si bien que j'en étais proche de l'oubli. Aussi le plaisir de renouer avec cette histoire, ces deux merveilleux comédiens et cette sensualité du cinéma hitchcockien a-t-il été très puissamment ressenti. Si la copie avait été plus propre, j'aurais pu avoir un orgasme.

En redécouvrant cette perle, je ne cesse d'être épaté par l'incroyable richesse de ce cinéaste. Et pourtant ce film respire la simplicité. Hitchcock est réellement un magicien. Comment pourrait-il ne pas rester l'un de mes réalisateurs préférés?

Regardez-moi comment il introduit le personnage de Cary Grant. On avait déjà remarqué son appétence à filmer les personnages de dos, à nous intriguer en filmant des détails a priori futiles, anodins alors que la principale, que tout le monde s'attend à voir, est laissée hors cadre, suscitant une curiosité, attirant beaucoup plus l'attention sur celle qu'il filme. Monsieur Alfred cadre donc ici la nuque de Grant qui assiste sans mot dire à la beuverie d'une société -pas si haute que les apparences le disent- assis tranquillement dans son fauteuil, au spectacle -comme nous- et sirotant son whisky. Ah... moi c'était une bière. Une faute de goût de ma part, désolé.

Ou encore regardez, admirez, jouissez de ces embrassades et tournoiements de visages où lèvres et respirations se côtoient dans un ballet d'une telle délicatesse que la scène devient caresse. J'ai de la bave à la commissure des lèvres. Kleenex! On retrouve ces scènes de pur moment sensuel dans "Sueurs froides", "Fenêtre sur cour" ou "La mort aux trousses". Positions des mains, de la nuque, des lèvres, des yeux, ombres, lumières, mouvements semblent appartenir aux mots que les personnages se donnent, offrandes somptueuses, diamants purs sertis par le plus bel écrin. Génial car naturel en apparence seulement, car c'est foutrement chiadé, incroyablement non naturel justement et paradoxalement cela passe, ça glisse, une douce coulée de miel dans le fond de la gorge (on ne devrait jamais écrire avec une angine).

Il est vrai que le travail de Cary Grant et d'Ingrid Bergman est si performant qu'il rend le texte et l'histoire d'une magnifique fluidité. Droit au but, les comédiens tutoient les anges. Cary Grant, volontiers hâbleur ailleurs, joyeux, ironique fait montre ici au contraire d'une grande dureté due essentiellement à la peur que cette idylle engendre en lui. Tous deux incapables d'exprimer sincèrement leurs sentiments et leurs inquiétudes basculent dans un jeu pervers et infantile qui met en péril non seulement leur histoire d'amour mais jusqu'à leurs existences.

Le portrait qu'Hitchcock fait des nazis est plus que caricatural. On pourrait lui reprocher l'extrémisme des caractères dessinés. Mais l'essentiel n'est pas là. Cette outrance sert avant tout de révélateur de la dangerosité de cette faune dégénérée (quelle famille! entre Claude Rains et sa mère, les rapports font penser à "Psychose" ou à "L'inconnu du Nord-Express") ainsi que d'aiguillon pour éperonner un Cary Grant un peu trop mou de la caboche.

Quoiqu'il en soit, le spectacle est intense et le final rappelle également la lente descente des escaliers dans le remake de "L'homme qui en savait trop".

Un très très bon Hitchcock.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 348 fois
4 apprécient

Autres actions de Alligator Les Enchaînés