L'espion qui aimait

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Défendre son devoir vis-à-vis de l'Amérique ou se laisser consumer par sa passion : n’avons-nous pas ici entre les mains un dilemme cornélien ? Ou devons-nous plutôt nous interroger sur de possibles similitudes. Ils sont après tout deux engagements tout à fait compatibles.

Devlin, sous les traits de Cary Grant, arbore une expression flegmatique et une rude détermination. Inspiré par l’exigence que représente sa mission, il convainc la docile Alicia, à qui il refuse dans un premier temps d’admettre son amour (une tâche bien difficile me diriez-vous de ne pas succomber à la beauté de l’irrésistible Ingrid), de servir sa patrie.

Ce serait toutefois trop simple de se cantonner à un genre clairement défini ; ingénieusement, le cinéaste anglais fait rencontrer, sans pourtant les heurter, romance et espionnage. Un métrage aux multiples facettes donc, jouant avec les attentes des spectateurs.
Prise entre deux feux, l’héroïne est bousculée par le cours des événements, préférant noyer sa confusion dans la débauche.
Pour s’affranchir du lourd passé de son père, et surtout gagner l’estime de l’être aimé, elle doit, ironiquement, en duper un autre. Il s’agit du grand méchant bien qu’il ne soit pas aussi terrifiant que l'on pouvait l'imaginer de prime abord. Par ailleurs, Claude Rains excelle dans ce rôle d’antagoniste sous l’emprise d’une mère oppressive.

Se dessine d’abord en ouverture un jeu du chat et de la souris entre les deux protagonistes. Alicia aime Devlin et tente de le séduire mais ses actions sont vaines, l’agent américain demeure impassible. – Il est pourtant amusant de voir naître en lui de la frustration. Sa profession rend impossible l’acceptation de ses sentiments.
L’idylle qui y esquissée m’est plus chaleureuse que celle diligente et trop réfléchie de Sueurs Froides ; elle n’est pas enfermée dans autant de rigidité et me paraît plus honnête.

À mesure que le film prend une tournure plus sombre et que la tension se fait plus étouffante, la traduction du titre en français prend tout son sens. Les amants sont plus que jamais liés par le même destin mais au diable tout ce charabia, une certitude persiste : c’est ensemble qu’ils souhaitent vivre.

Le maître étale dans cette œuvre toute sa virtuosité. Caméra à la main, il se fait un malin plaisir de créer des artifices encore insoupçonnés (scène du malaise). Une scène, précisément, conserve dans mon esprit toute sa fougue : tandis qu’Alicia s’évertue, péniblement, par un tour de passe-passe à dissimuler une clé du regard de son détracteur, l’objectif choisit comme sujet un objet presque anodin et ne le quitte plus.

Il s'en dégage par-dessus-tout la force évocatrice des héroïnes hitchcockiennes. – Si Ingrid m'avait déjà séduit dans Casablanca, elle devait dans ce rôle dépasser toutes mes attentes.

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