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Les Enchaînés par limma

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Alfred Hitchcock rappelle à ses grands moments et à ses rôles forts féminins qui s'éloignent de l'habituel. Ni cruche, ni grande gueule, sans une once de misogynie, par ailleurs. Fabuleux.
Une jeune femme, fille d'un espion nazi qui s'est suicidé, quitte Miami par amour et servira son pays d'accueil tout en s'émancipant de l'emprise de son père et d'une vie sans attache. Tout ceci sous couvert d'espionnage et de risques à venir, seule et contre tous, où l'abnégation se le dispute aux joutes verbales.

Avec une première partie un peu poussive, exacerbant le personnage d'Alicia, on se laisse vite emmener par le jeu des acteurs et l'ambiance toute de noirceur qui accompagne les situations. Le personnage féminin, point fort de ce jeu de miroir où le mensonge est maître, est magnifiquement interprété par Ingrid Bergman, qui marque par sa présence, jouant de nombreuses expressions pour marquer sa vulnérabilité face aux conflits d'intérêt, face au désir et à la vie patriotique, alternant la fougue et l'insouciance, la déprime et le renoncement.
En décalage et en difficulté face à une situation qu'elle ne maîtrise pas, le cinéaste opte également pour l'ambiguïté via le personnage masculin de Cary Grant, agent américain, parfait et dual, tout autant enchaîné à son devoir que l'est Alicia. Cynique, il laisse planer le doute sur ses sentiments, emmenant Alicia dans un jeu dangereux. L'acteur trouve là un rôle dramatique à sa hauteur, bien loin de l'amoureux transi.
Sebastian (Claude Rains), nazi réfugié en Amérique Latine, n'est là que pour servir le conflit de nos deux héros et en filigrane une rivalité amoureuse. Objet de l'enquête des services américains, Sebastian usera lui, de belles paroles, mais les nombreux plans sur ses regards assassins, ne nous trompe pas. Ce personnage faible et qui se perdra par amour, est finalement attachant, et comme souvent chez Hitchcock , sous le joug de sa mère, passablement inquiétante, interprétée par une Leopoldine Konstantin, inspirée. Une relation dangereuse où la mère se révélera sous son vrai jour, cigarette au bec face à un fils déçu venant demander du secours.

C'est parfaitement construit, voire même étonnant dans sa simplicité. Deux seuls objets participeront au suspense, la clé qu'Alicia doit dérober pour visiter la cave et trouver des indices, et cette fameuse bouteille de vin, qui aura tant fait peur à un invité et qui semble détenir un secret. Tout ceci au milieu d'une romance soumise à aléas, structurée tout du long par de nombreux baisers passionnés, qui prouve le côté frondeur de l'ami Hitchcock

Prenant pour principal décor la grande demeure où Alicia vivra après son mariage forcé avec Sebastian, le cinéaste alterne les scènes à enjeu nous donnant quelques inquiétudes, malgré nombre de scènes attendues. La soustraction de la clé, ou les bouteilles de champagne se réduisant à vue d'œil lors d'une réception, pendant que nos deux amoureux visitent la cave...A l'inverse quelques scènes marquent par leur noirceur, lorsque nos deux espions semblent s'éloigner l'un de l'autre, lors d'une rencontre sur un banc publique, venant interrompre les relations jusque-là piquantes.

On se délecte de la force de l'image, d'une photographie en clair obscur et de la mise en scène, alternant les plans fixes pour valoriser le dialogue, que des mouvements plus amples, aux plans géométriques, jouant d'ombres et lumière, apportant aux adversaires, une aura menaçante, mise en valeur notamment, lors d'une descente inquiétante et d'un impressionnant escalier, décor hollywoodien si l'en est.

Un soupçon d'humour pour cette quête de rédemption, mais une note profondément délétère qui se clos avec la dernière scène, telle une montée à l'échafaud pour Sebastian, laissant, hors champs, s'échapper Alicia et Devlin.

A voir.

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