Les enquêtes convenues du département ''clichés''

Avis sur Les Enquêtes du département V : Délivrance

Avatar Ji_Hem_
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Je ne demandais pas mieux que d'apprécier ces films que sont les Enquêtes du département V. Je ne suis pas familier du cinéma danois et je m'étais dit que ces films policiers, sombres, assez crus et avec une photographie qui n'est pas dégueulasse (regardez donc les bande-annonce) pouvaient servir de tremplin pour aller faire un tour du côté des vikings, d'autant que ces enquêtes sont tirées de romans et je m'attendais à des films au moins autant agréables que les adaptations suédo-danoises de Millénium. À savoir que j'ai vu les volets Délivrance et Profanation, les deux souffrants quasiment des mêmes maux.

Déjà, ce n’est pas avec ces films qu'on va trouver quelque-chose d'un tant soit peu original, on est sur du Cold Case et de l'enquête policière très convenue. Pas que ça soit gênant en soi, ce qui l'est, cependant, c'est de ne pas avoir ce petit truc qui les démarquerait des autres films de ce type. Pourtant il y aurait eu matière ; par exemple, tout simplement, que ça soit au Danemark avec les particularités culturelles, juridiques, policières et historiques que ça peut imposer. Et à part quelques jolis plans de verdures danoises et d’éoliennes, ça s'arrête là. L'intrigue pourrait se passer n'importe où ailleurs que ça n'y changerait rien. Ils essaient vainement d'apporter un petit plus au discours (les classes sociales pour Profanation, la religion pour Délivrance) mais bon, c'est mal fait et superficiel à souhait.

Si l'intrigue n'a rien d'extraordinaire, la réalisation n'a rien de particulier non plus, mise à part la photographie qui est assez réussie, le réalisateur n'est pas là pour imposer sa patte mais pour raconter une histoire. Encore une fois, ce n'est pas gênant en soi, mais si l'histoire en question n'a rien de palpitant...

C'est surtout au niveau des personnages que ça pêche. On en est à un tel stade que ce ne sont plus des archétypes, mais des clichés. Le cliché du méchant riche qui chasse les pauvres et les animales (Profanation), le cliché du pauvre n'enfant battu par sa mère ALCOOLIQUE qui devient fanatique religieux (Délivrance) parce que Satan c'est trop badass (bref, c'est un émo), le cliché de la secrétaire ingénue mais maligne qui se révèle être un atout pour le teambuilding, mais le pire étant bien sûr le héros, le cliché du flic obsédé par son taf qu'il en délaisse femme, enfant et personnalité, qui fume comme un pompier et qui prend tout au sérieux. Et non, être obsédé par son travail n'est pas un trait de personnalité, mais un trait psychiatrique. Déjà que sur chaque plan il est incapable de faire la jonction entre sa lèvre supérieure et inférieure se disant qu'ainsi avec cette bouche mi-close, il aurait l'air impliqué et dark alors qu'il a juste l'air d'un imbécile profond, mais en plus, c'est un incapable doublé d'un abruti. Il vise comme un stormtrooper, il enquête comme une brèle, il se fait victimiser par tous les suspects qu'il croise, il échoue à remplir correctement ses missions... À tel point que ça en devient ridicule, il est littéralement plus dangereux pour l'intrigue et pour les victimes que les tueurs qu'il traque et devient leur meilleur allié. Typiquement, dans Délivrance, une scène à l’hôpital où 10 flics se reposent les couilles tranquillement en buvant un café et où dort paisiblement le père des enfants kidnappés, et aucun flic n'est devant sa chambre, laissant le champ grand ouvert au tueur pour finir le taf. 10 flics, 0 devant la chambre, même 0 sur l'étage. Merde le Danemark c'est vraiment pas sûr comme pays. Déjà dans Profanation il nous avait fait un coup aussi idiot : entrer par effraction chez le suspect pour voler des preuves à la main. Sans être spécialiste dans les affaires juridiques, je pense que c'est le meilleur moyen pour faire acquitter l'accusé, mais que voulez-vous, il est impliqué comme ça dans ses affaires notre policier !

Les autres personnages ne servent à rien, donc pas la peine de s'attarder trop longuement sur leurs cas. Le binôme du héros, par exemple, ne sert à rien. Prenons les deux cas où il aurait pu servir à quelque chose. Dans Profanation, vers la fin, il tue le sbire du méchant, puis, arrive vers le héros (situé à une dizaine de pas) mais à la fin de l'affrontement entre le héros, le méchant et la nana, sans même trottiner il regardait sans doute le paysage. Il aurait pu intervenir mais non. Dans Délivrance, scène de l’hôpital, au lieu de courir après le meurtrier qui rôde dans les couloirs après avoir sérieusement endommagé le père, il préfère rester au chevet du type qui a clairement fait savoir qu'il était un gros raciste, et le policier s'improvise médecin (même là, il gêne les médecins qui veulent faire leur travail en ne bougeant pas son gros cul mais bon), et parce qu'il sait qu'au fond, c'était un raciste mais ils s'entendent bien finalement, ils sont bro maintenant. Et quand c'est trop tard, autrement dit, quand il a bien laissé la victime mourir et le tueur s'échapper, il court comme un con en criant : << Mark, où es-tu ? >> autrement dit, il ne sert à rien, n'apporte rien, ne fait rien, à part être là pour les quotas. On est passé du sidekick rigolo au sidekick diversitaire mais ça reste un rôle de merde qui n'est pas approfondi. Dans Délivrance j'ai pourtant cru que la question religieuse allait être creusée ; le raciste papa ne voulait pas d'un type comme lui (un étranger) ; et un débat fait rage entre l'athée qui croit aux vertus du travail (le héros) et lui, croyant et, a priori mais ce n'est jamais mentionné, le sidekick musulman (on sait qu'il ne mange pas de porc, ni ne semble boire de bières). Mais c'est tellement superficiel qu'au lieu d'avoir une véritable conversation sur les convictions profondes de nos héros, ça donne, littéralement, ça :
<<-Tu es idiot de croire en Dieu.
-Je ne crois pas en Dieu, mais en quelque chose au-dessus de nous, c'est toi qui est idiot.
-Non, toi ! >>

Je ne sais pas si ces problèmes viennent d'un défaut d'écriture ou de réalisation puisque je n'ai pas lu les bouquins, mais force est de constater que les décisions logiques et rationnelles se font rare dans la police danoise et que de tels dysfonctionnements ne sont jamais questionnés, pas plus que l'on questionne les personnages, ni quoi que ce soit.

Evidemment, c'est un bête film policier, mais on pourrait éviter ce genre d'écueils.
Evidemment, les personnages secondaires qui meurent on s'en fout et n'ont aucun impact sur le récit ni sur les héros.
Evidemment, la justice est expéditive, le méchant doit être tué, non pas jugé.
Evidemment, c'est manichéen, le méchant est méchant parce qu'il est méchant.
Evidemment, on ne pose aucune question par rapport à cette vision-là du monde.
Evidemment, les films ne sont pas horribles, les codes du film-noir / policier ne sont pas bousculés ni transcendés mais fonctionnent suffisamment pour nous amener à la conclusion sans trop de heurts. Mais c'est tout. Et plus on y réfléchit, plus on se dit que c'était quand même un peu naze.

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