Introspection d'un artiste à part

Avis sur Les Étoiles vagabondes

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Après son unique projection en salle et son arrivée sur Netflix, le premier documentaire sur Nekfeu a fait l'effet d'une petite bombe.
Plus qu'une célébration d'un nouvel album, l'artiste a décidé de nous partager un des nouveaux chapitres de sa carrière où l'exercice a semblé plus compliqué que jamais.

Dès les premières secondes Nekfeu s’apprête à arriver sur scène d'un concert à ciel ouvert dans un long plan séquence saisissant. L'entrée est majestueuse, la montée d'adrénaline violente, pourtant les premières paroles sont déconcertantes :
"Aujourd'hui j'ai joué devant 80 000 personnes et je ne me suis jamais senti aussi seul"

Malgré son immense succès, Nekfeu est emprunt au doute, après une rupture douloureuse et une célébrité de plus en plus lourde à porter il se heurte dès les premiers instants à une crise existentielle.
On pourrait penser à une banale crise de la trentaine mais le problème semble plus existentiel, vicéral. Même parmi les siens, il ne peut s'empêcher d'accuser le coup : "Aujourd'hui j'ai pleuré dans les bras de mon frère..." un mal être inexplicable et profond semble ronger le poète dans sa vision de la vie et de son quotidien pétri de noirceur.

En studio les prods s'enlisent, l'artiste peine a trouver la couleur de ce nouvel album, pour nous spectateurs c'est l'occasion de découvrir avec plaisir le studio et l'équipe qui l'entoure. Parmi elle, les avis divergent, de nombreuses intrus semblent rater le coche ou rester dans la zone de confort de l'artiste.

Pour ne rien arranger, Nekfeu doit se cacher en permanence dans la capitale, condamné à préserver anonymat, fuyant une célébrité qu'il n'a pas choisi, il confie se sentir étranger de sa propre ville.

Les étoiles vagabondes est un voyage introspectif d'un artiste qui ne comprend plus le monde dans lequel il vit. Lâche et fuyant tel qu'il se décrit, Ken part ici dans combat contre lui même qui l'emmènera au Japon, en Grèce, en Belgique et sur les côtes de la Nouvelle Orléan. Marchant dans une forêt japonaise enneigée, dans les petites rues désertes d'un village côtier ou sous une pluie battante d'un ouragant menaçant en Louisiane, Nekfeu vient y cultiver un nouveau regard sur le monde tel un homme contemplatif, marchant des heures avec ses complices.

Au fil des rencontres, il trouve progressivement le moyen d'exorciser ses démons et enregistre aux côtés d'artistes aussi divers que talentueux (Damso, un orchestre symphonique, un célèbre jazzman, etc). Au final il y dessine un album de 18 titres à la richesse musciale et textuelle remarquable qui s'intègre admirablement bien à ce format.

En tant que tel, ce documentaire pourra avoir des allures de post-mortem qui donne encore plus de sens à l'album quand on se rend compte dans quel contexte il a été écrit, démystifiant l'image que certains pourront se faire d'un rappeur à succès, Ken a nous a partagé ici un authentique morceau de sa vie, naturel, pudique et poétique.

Évidemment, en 1h20 difficile de raconter tout l'album, on sent qu'il a fallu tailler sévère dans le montage et sacrifier bien des moments intéressants (on ne retrouve par exemple aucun extrait de "L'expansion"). Étrangement, la seconde partie se dillue aussi dans quelques longueurs qui donnent d'avantage l'impression de regarder un making of survolant un peu vite les évènements.

Je pense que l'album ne sera pas digéré de la même manière par tous, les nostalgiques/puristes de Feu y trouverons une oeuvre aux versets moins techniques et très peu dansants, j'y vois personnellement une thérapie artistique maîtrisée comme peu y parviennent.

Bravo l'artiste.

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