Le chapelier cinglé

Avis sur Les Fantômes du chapelier

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Chabrol qui adapte l'œuvre de Simenon, c'est de l'ordre de l'évidence avec un peu de recul, tant l'univers de l'écrivain belge regorge de similitudes avec les atmosphères chabroliennes. D'ailleurs le cinéaste français réitérera l'expérience une décennie plus tard, avec "Betty", autre transposition sur grand écran d'un roman du grand Georges.

Sans rien dévoiler de l'intrigue, "Les fantômes du chapelier" s'articule de fait autour d'un duo antinomique au sein d'une petite ville de province (un commerçant, notable du coin, face à son voisin immédiat, un artisan immigré qui aspire à la respectabilité) ; mais à mes yeux le film apparaît surtout comme un one man show de Michel Serrault, qui trouve là l'un des rôles de sa vie, lui qui fut longtemps cantonné à des seconds rôles au cinéma.
Certes, il y eut bien "Le viager" et "La cage aux folles" dans les années 70, permettant à Serrault de s'affirmer en tant qu'acteur comique, mais c'est avec "Garde à vue" et "Les fantômes du chapelier" que le comédien élargit grandement sa palette de jeu, pour s'offrir une fin de carrière en mode patron.

Dans le film de Chabrol, il crève l'écran : prenant visiblement un plaisir communicatif, improvisant des mimiques, des intonations, voire des tirades entières, Serrault s'épanouit dans ce personnage de crapule zinzin, en permanence sur le fil du rasoir, finissant par susciter l'empathie du public en dépit de ses actes barbares indéfendables. Serrault en vient à faire de l'ombre au pauvre Charles Aznavour, pourtant loin de démériter dans le rôle ambigu de Kachoudas, dont le personnage apparaît plus central dans le roman.

D'autre part, j'ai beaucoup apprécié le décor mis en scène par Claude Chabrol, ces petites ruelles pavées et luisantes sous le crachin breton : le cinéaste délocalise judicieusement le roman de La Rochelle à Concarneau, bourgade à la topographie singulière (trop peu exploitée hélas, d'autant moins que certaines prises de vue ont été effectuées à Quimper!).

Signalons pour finir que "Les fantômes du chapelier" comporte un certain nombre de longueurs. Malgré ses nombreux atouts, bien réels, qui lui valent cette belle note de 8, il ne fait pas partie de mes incontournables français de la décennie 80, notamment en raison d'une intrigue un peu linéaire et d'un rythme incertain.
Mais au sein de la filmographie de Chabrol, il figure en excellente place sur mon podium personnel.

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