Petit film, grand propos

Avis sur Les Figures de l'ombre

Avatar Rémi Mazenod
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Ne me méprenez pas quand je dis "Petit film" dans mon titre, Hidden Figures est bon long-métrage, sans contestation possible. Ces mots visent plutôt à pointer du doigt l'absence de prise de risque dans la mise en scène qui s'avère finalement purement illustrative et ne suggère rien. La seule originalité que j'ai pu identifier s'avère être un dialogue en champ/contre-champ situé vers la fin du film entre Octavia Spencer et Kristen Dunst où chacune s'adresse au reflet de l'autre dans un miroir. Hormis dans cet exemple, Theodore Melfi ne fait que démontrer sa capacité à raconter une histoire efficacement, sans explorer le potentiel offert par la grammaire cinematographique.

Si cela peut paraitre un peu rasoir pour certains, il n'empêche que le film devient de fait beaucoup plus facile d'accès et c'est finalement une bonne chose au vu de ce qu'il essaye de faire et de démontrer. Après tout, il s'agit essentiellement une tentative d'intégration (ou plutôt de réintégration) des femmes et de la communauté noire dans la grande Histoire des Etats-Unis et dans cette perspective de rendre justice à des personnes ayant été laissées de côté dans les livres d'Histoire, il est important que le plus de personnes possible puissent voir le film et surtout puissent être sensibilisées par son message. Alors certes, après vérification, les évènements ne se sont pas du tout déroulés tel qu'ils sont décrits dans le film, il s'avère que la NASA était une organisation assez progressiste et surtout en avance sur son temps au point que le personnage incarné par Octavia Spencer a été nommé superviseur dès la fin des années 40 alors que l'histoire ici se déroule entre 1961 et 1962. Mais jamais les termes "basé sur des faits réels" n'ont été aussi important, les évènements ont été ici tordus de sorte à construire une histoire plus forte émotionnellement et surtout pour rendre le message beaucoup plus fort. Après tout, Alexandre Dumas a dit "on peut violer l’histoire à condition de lui faire de beaux enfants" et encore, "violer" est ici un peu fort dans la mesure où dans les faits, tout est vrai, ce sont surtout les dates qui varient de la réalité. Il n'y a ainsi pas de réelles trahisons vis-à-vis des faits réels et le film rend bel et bien justice à ces personnes et plus globalement aux femmes et à la communauté noire américaine.

Ceci étant dit, je peux mentionner les bonnes prestations de tous les acteurs du film, ils véhiculent tous une certaine authenticité, on ne finit par ne plus prêter attention à leur acting, ils incarnent véritablement leur personnage. J'ai néanmoins une réserve vis-à-vis de Jim Parson qui aura décidemment énormément de mal à nous faire oublier son personnage de Sheldon dans The Big Band Theory, d'autant plus que son personnage dans Hidden Figures se trouve être "coincé" et "fermé d'esprit" dans un premier temps, ce qui fatalement nous rémémore sa prestation dans la série à succès de la CBS. Je rajouterai également qu'il ne faut surévaluer la prestation des acteurs dans la mesure où ce qu'ils ont à jouer ne représente pas un challenge insurmontable. Mais je pinaille, les acteurs sont justes, c'est tout ce qui importe.

Difficile de ne pas aborder le cas de la musique, en grande partie composée de morceaux originaux chapeautés par Pharell Williams (et Hans Zimmer). Elle donne par moment le sentiment d'être en face d'un feel-good movie (n'en est-il pas un, en fin de compte ?) et la bande originale fera sans doute un jolie succès en magasin. En revanche, difficile de retirer un morceau mémorable. Dommage.

Hidden Figures est ainsi un film que je recommande fortement. Il n'est certes pas transcendant au vu de la "paresse" de sa mise en scène mais sa facilité d'accès en fait une oeuvre agréable à regarder, pas prise de tête, assez direct dans son message, mais au combien importante. Faut-il encore rappeler qu'aux Etats Unis (enfin, pas que, hein ?), la ségrégation est encore loin d'avoir disparue dans les esprits et que les inégalités visant autant les femmes que les noir(e)s sont toujours d'actualité ? Au vu du recul du progressisme se déroulant en ce moment au pays de l'oncle Sam, le film propose un message essentiel d'égalité, de tolérance et surtout rétablie quelques vérités sur l'identité de certains pionniers de l'Histoire américaine. En dépit des barrières qui se dressaient devant elles, ses femmes ont eu un rôle important dans la construction du mythe américain. Le film étant de plutôt bonne facture et au vu de la valeur du message véhiculé, je n'ai qu'une chose à dire : FONCEZ !

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