La petite niaiserie dans la prairie !

Avis sur Les Filles du Docteur March

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Attention, cette critique est pleine de spoilers !

Commençons par le pitch du film

C'est l'histoire de 4 sœurs (enfin plutôt 3,5, nous reviendrons sur ce point)... et c'est tout ! Voilà le premier écueil, le scénario tiré du roman "Little Women" de Louisa May Alcott (que je n'ai pas lu) est totalement vide de contenu ! On y voit pendant plus de deux longues heures des petites histoires sans saveurs qui façonnent la vie des quatre filles/femmes.
Le côté historique n'est même pas réellement retranscrit, la guerre de sécession est un élément distant que l'on évoque de temps en temps pour rajouter un peu de pathos à l'histoire. Alors évidemment, il s'agit là d'une critique entièrement subjective, si vous aimez La Petite Maison dans la prairie, peut-être que le scénario vous siéra.

Ici il n'y a point d'intrigue, ni même de réelle évolution des personnages. Wait a minute: c'est tout de même un comble de ne pas réussir à développer les héros du film alors que chaque plan, chaque seconde leurs sont consacrés... Par conséquent on ne s'y attache pas vraiment, du moins de manières inégales. Et donc au moment où la sœur "Beth", interprétée par Eliza Scanlen, attrape le "chikungunya" (remplacez par la maladie de votre choix) - élément qui est censé être un tournant majeur dans l'histoire - on ne ressent pas grand chose. Mais merde, elle est morte la gamine tout de même !

D'ailleurs, c'est qui Beth ?

À part une fille timide, taciturne, qui joue bien du Piano, le personnage n'a pas vraiment d'autres caractéristiques, nulle tirade ou autre ressort scénaristique pour lui donner un peu de relief (d'où les 3,5 sœurs).
Et puis, si la famille n'a pas les moyens financiers de subvenir à ses traitements ou à sa retraite à la plage pour y passer des hivers plus doux, pourquoi monsieur Laurence, grand-père de "Laurie" qui s'est pris d'affection pour la jeune fille - remplaçante spirituelle et musicale de sa défunte petite-fille - n'a pas daigné subvenir aux besoins vitaux de sa protégée ? Lui qui est infiniment riche, dont le fils fréquente des cercles sélectes et qui n'hésite pas à offrir un banquet à la famille ou même un piano à Beth... Il ne lui reste plus qu'à inventer le MP3 pour écouter du piano dans son salon !

Au fait, comment est-elle tombée malade Beth ?

Refaisons la chronologie : Beth s'en va rendre visite à une famille de voisins nécessiteux, l'un des enfants est malade. À son retour, disons une demi-heure à une heure après son départ, elle découvre un cadeau fait par monsieur Laurence qu'elle s'empresse d'aller remercier. Ce dernier lui fait remarquer qu'elle a de la fièvre... Fièvre qu'elle aurait attrapé au contact de l'enfant malade. Bref, je ne suis pas médecin même si j'ai joué au docteur Maboul quand j'étais petit, mais la chronologie me semble un poil hâtive.

La narration, le découpage est l'esthétisme

La narration sans être anarchique, est assez décousue, on saute d'une période à une autre, il n'y a pas de réel fil rouge, si ce n'est Laurie, incarné par Timothée Chalamet qui se retrouve assez miraculeusement présent partout où vont les filles et qui tombe éperdument amoureux de presque toutes - mise à part Beth - son instinct paternel lui a certainement dit que c'était un mauvais parti -. On sent bien que la réalisatrice, Greta Gerwig a pensé à l'esthétisme de son film avant de penser au découpage et à la narration. Il y a des beaux décors, des beaux costumes et des belles scènes de danse mais pourtant, le tout ne convainc pas. Pourquoi ? D'une part parce que la photographie est trop propre.. Ne nous y trompons pas, c'est beau, c'est appliqué, mais c'est trop propre. Il en ressort une atmosphère évanescente, plutôt douce mais lassante. Ensuite parce que le rythme du film est - à mon sens - insupportable, ça va vite, ça part dans tous les sens, il faut qu'il y ait de l'action à tout prix - au détriment des dialogues - et il faut aussi que chaque scène (ou presque) soit accompagnée d'une musique.
Et s'il y a bien deux choses qui m'énervent dans les films : c'est le trop plein de bons sentiments saupoudrés de violons mielleux... Et enfin parce que le long métrage est une succession de tableaux - que la réalisatrice a fantasmé et a essayé de caser un peu partout - : des scènes de danses (très sympas néanmoins, notamment celle de la rencontre entre Laurie et Jo lors d'une soirée), des petites escapades dans les bois où on se prend bras dessus, bras dessous tous guillerets, ainsi que des poses bien étudiées où toutes les filles et la mère s'enlacent et se délassent telles des nymphes.

D'ailleurs cette mère, parlons en et enchaînons sur les personnages

Le casting était très prometteur et c'est sûrement l'un des points sur lequel Les Filles du Docteur March arrive à tenir ses promesses.

Les bons élèves :
Saoirse Ronan (déjà mise en lumière dans Lady Bird, de la même réalisatrice), interprète de Jo March (rayonnante) et Emma Watson (toujours aussi belle), interprète de Meg March forment un duo de sœurs aînées efficace. Florence Pugh, dans la peau d'Amy March remplie aussi bien son rôle, mais on aurait aimé que sa rivalité avec Jo soit plus marquée. Et puis Eliza Scanlen, interprète de Beth March fait aussi le taff avec le peu de matière que la réalisatrice lui a laissé... Meryl Streep est convaincante en Tante March, sans crever l'écran et Timothée Chalamet (Laurie) pourrait - comme souvent - porter le film à lui seul tant il est charismatique, mais finalement il occupe le même type de rôle que dans "A rainy day in New York" de Woody Allen, un Bourgeois-Bohème voulant casser les codes qui lui ont été inculqués. Et ça, il sait bien faire.

Les mauvais élèves :
Laura Dern (la mère) est insupportable à être toujours souriante et gentille. Elle n'a pas de caractère, elle est juste gentille.
Gros spoiler, le père March c'est Saul Goodman, autrement dit Bob Odenkirk. Dans ce film tous les personnages sont assez clichés, on entend parler du père régulièrement et on s'attend aussi à le voir débarquer, triomphant mais marqué par la guerre, les épaules larges, la barbe longue, le regard noir et bien non, en voulant éviter cet écueil, le personnage sonne faux. Saul Goodman, c'est Saul Goodman, c'est un mec marrant, lâche et véreux, du coup, ça ne marche pas.
Dernière déception Louis Garrel, interprète de Friedrich Bhaer... Que dire, son personnage est mal joué, mal dirigé et mal pensé.

Conclusion

Je conclurai cette critique par un message véhiculé ou plutôt martelé tout au long du film : le féminisme. Je n'ai rien contre le message en soit, et au contraire je pense que tout mouvement permettant de rééquilibrer les forces dans nos sociétés est utile, mais la manière dont il est amené est exécrable.

Les femmes ne sont pas faites qu'à se marier.
Pour gagner sa vie en étant une femme, il faut se marier.
Je veux un mariage d'amour et non mercantile.
Je préfère être seule que de me marier avec un homme.
Tu es le dernier espoir de la famille pour un bon mariage.

Gnagnagna. Bordel, SHOW DON'T TELL. C'est lourd, c'est maladroit, c'est niais et tellement peu subtil ! Et ceci combiné avec les violons dont j'ai parlé précédemment qui nous forcent à adopter les émotions que la réalisatrice veut que nous ayons, rend le film difficile à digérer. C'est une critique que l'on peut faire de beaucoup de grosses productions américaines. Le cinéma asiatique arrive quant à lui souvent à être plus subtil dans ces messages et à laisser le spectateur maître de ses émotions. Je citerai par exemple l'excellentissime "Burning" de Lee Chang Dong, qui est un exemple de subtilité !

Je mets donc 5/10 pour le casting et certaines belles interprétations, pour les décors, les costumes et de belles scènes de danse. Mais quel gâchis, tous les ingrédients étaient réunis pour en faire un grand film. C'est Bêthe...

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