Ne viens pas voir le docteur

Avis sur Les Filles du docteur March

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Le docteur March n'a pas eu de chance. 4 enfants, 4 filles. Heureusement il y a la guerre de sécession et le pauvre homme est enrôlé in-extremis dans l'armée, ce qui lui permet d'échapper à la boucherie.

Sous l'oeil patient et bienveillant d'une mère que l'église devrait songer à canoniser, ces quatre démones vivent une enfance idyllique qu'aucun vieil oncle pervers ne vient ternir. Dans une ambiance école montessori, chacune développe le talent dont la nature l'a pourvue car dans le nouveau monde, les fées traînent près des berceaux et sont assez généreuses dans la distribution des dons. Chez les March on ne s'abrutit pas devant Les Anges. Tous les jours les arts sont à l'honneur parce que quand on a Shakespeare, Mozart, Sarah Bernard et Michel-Ange dans le même salon, ce serait dommage de les voir jouer au Uno.

Les filles March sont tellement géniales qu'elles font consensus dans toutes les classes sociales, un jour elles vont ambiancer les démunis et filer de la brioche à des enfant rachitiques au milieu de la forêt, un autre on joue du clavecin dans le salon de musique du notable du coin. Et partout ou elles passent, elles laissent un parfum de joie et de fraicheur comme la lessive persil.

Et puis un beau jour, a l’instar des L5 le groupe se sépare et chacune part faire sa carrière solo. Toute la magie a disparu, il ne reste plus que les problèmes d'argent, les responsabilités pesantes et le patriarcat inflexible qui réforme les rêves des jeunes filles.

Cette oeuvre est comme une longue publicité Nutella à la gloire de tous ces moments de complicité qu'une bonne tartine d'huile de palme vient si bien sublimer: ce club secret dont nous avions établi le quartier général dans le grenier, cette sortie à la plage où nous avions tant ri, ces promenades en patin à glace sur le lac gelé où Amy avait failli se noyer hahaha, cette soirée où j'ai brûlé une par une les pages du manuscrit de ma soeur hihihi . On est tellement perfusé à l'eau de rose, que même quand Beth a la scarlatine, on a du mal à ne pas être heureux pour elle. Et quelle idée merveilleuse que ces filtres pour appuyer subtilement le propos: chaud pour les souvenirs joyeux, froid pour le présent décevant, vert c'est qu'il faut changer votre télé.

Les directeurs de casting ont le bras long, tout le mercato du cinéma est réuni avec un mot d’ordre: si le personnage est assez creux, on pourra caser une star dedans. Emma Watson enfile des robes et Bob Odenkirk n’apparait que dans des scènes de groupe qui réunissent un minimum de 10 personnages. Les beaux gosses sont made in France, vous allez enfin pouvoir voir Louis Garrel dans un film qui ne vous donnera pas envie de vous suicider. Timothée Chalamet à l'air d'avoir 15 et demi au début du film et bientôt 16 ans à la fin, qui est pourtant 7 ans plus tard, sans qu’on puisse dénoter aucun développement psychologique notable.

Et puis il faut parler du dénouement. Les diabétiques faites-vous un piqure 15 minutes avant la fin parce que la dose de sucre est difficile a absorber. Tout se résout miraculeusement avec la mort de cette vieille tante qui cassait l'ambiance. Les amoureux se marient, l'argent coule du ciel, les enfants rient et courent partout. On sent que la production écoeurée et incapable d'avaler cette dernière louche de mièvrerie nous concède un unique moment de lucidité sur l’oeuvre dans une scène d'âpre négociation commerciale. Le féminisme dans le nouveau monde, c'est quand les femmes se lancent dans les affaires et acceptent de faire fortune en vendant des niaiseries au bon peuple.

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