Too young to die

Avis sur Les Fils de l'homme

Avatar Batowski Jr.
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La lecture du synopsis m'avait pourtant vraiment emballée. Pour une fois qu'une dystopie apocalyptique paraissait être originale - et, encore plus rare, crédible ! Londres en 2027, une crise d'infertilité provoquant une crise mondiale au milieu de quoi seule la Grande Bretagne reste un îlot relativement stable malgré les luttes entre un régime fasciste et le reste de l'humanité alors affublé de "réfugiés". 18 ans que l'humanité n'a pas connu une naissance et l'on commémore davantage les plus jeunes décès que ceux des doyens. Au milieu de ce tumulte, un homme, ancien membre d'un groupuscule terroriste à qui l'on fait appel pour escorter une femme enceinte, porteuse du dernier espoir de l'humanité. En somme une trame alléchante doublée d'un casting efficace, tout était réuni pour accoucher d'un bon film. Mais pourtant quelque chose cloche dans l'oeuvre de Cuaròn - tant sur la fond que la forme - ce qui m'a laissé au final un sentiment de flou général et d'agacement.

Dès le début du film, on sent se tisser quelques détails nébuleux dans le scénario qui s'instaure. On comprend la situation, elle paraît crédible et bien retranscrite, mais jamais on n'obtient clairement une réponse à la question de la cause de l'infertilité générale. On ressent certes une tension progressive s'installer entre le gouvernement autoritaire et le reste des réfugiés qui vivent aux confins des villes, mais le propos perd en puissance de par sa concentration géographique : jamais le réalisateur ne semble disposer à nous informer de l'étendue de la crise dans les autres pays. Ca reste England against the world. Ce qui est dommage car après avoir introduit l'idée d'une communauté humaine étrangère que Theo et Kee sont censés rejoindre, on n'en sait toujours pas davantage après 1h50 de films.

Alors oui le film reste toutefois prenant et la première heure garde le spectateur accroché. Mais cette montée en puissance se voit vite tempérée par quelques incohérences trop visibles - c'est notamment le cas de la scène d'accouchement qui paraît totalement irréaliste et nous laisse d'une froideur totale tandis qu'elle aurait du être l'acmé du film. De même, malgré un plan-séquence impressionnant lors de la fusillade dans le camps des réfugiés, on comprends mal le choix de rendre la caméra présente en la tâchant de sang comme s'il s'agissait d'un reportage de guerre, ce qui fait se demander au spectateur si ça n'était pas une bavure. C'est indélicat. Indélicat comme la scène où, descendant les escaliers, Klee montre le bébé aux militaires qui l'accueillent comme un messie mais laisse nos trois protagonistes partir furtivement à la seconde d'après.

Et puis cette dernière scène où Theo s'aperçoit qu'il est mortellement blessé, laissant le nouveau-né et sa mère sur la barque flottante au milieu de l'océan - on ne peut que soupirer en se demandant agacé : tout ça pour ça ?

En définitive on n'est pas repu. Le film de Cuaròn aborde un thème intéressant mais laisse trop de questions en suspens ce qui entache la crédibilité globale du film. On note biensur une certaine virtuosité dans l'utilisation de la caméra mais cela reste insuffisant car le spectateur ne sent pas pleinement aspiré par ce qu'il voit ; les scènes où l'on devrait être pris d'affection pour les personnages - notamment cette fameuse naissance - restent timorées et les conséquences mondiales d'une nouvelle naissance depuis près de 20 ans reste au final un thème inexploré. Surtout, le voyeurisme malsain qu'attise le contexte du film laisse au final le spectateur inassouvi et à partir de là, frustré.

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