Échapper à soi-même dans la ville tentaculaire

Avis sur Les Forbans de la nuit

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Dès le premier plan qui filme en plongée un homme traversant en diagonale une place vide baignée de la pâle blancheur de la lune au milieu des ombres nocturnes et tranchantes de la ville, on sent qu'on est face à quelque chose de grand. Et la suite n'en démentira rien.

Classique du genre, ce film noir a de quoi faire parler les superlatifs. D'abord et avant tout, cet incroyable noir et blanc avec ses angles improbables, ces prises de vues époustouflantes, ses clairs-obscurs foudroyants. Ensuite, cette plongée dans le monde de la nuit avec ses personnages patibulaires formant une effrayante et fascinante faune peuplant la jungle sans pitié des bars, des cabarets, des contrebandiers et faiseurs de faux-papiers, des parieurs, etc. Puis ce protagoniste, incarné par un Richard Widmark toujours aussi bluffant (dans un rôle rappelant beaucoup celui tenu dans la femme aux cigarettes), toujours en sueur, car échappant constamment à quelqu'un et surtout à lui-même, poursuivi par la fatalité plus que par ses ennemis. Enfin, cette présence tentaculaire, cette emprise indémêlable de la ville, c'est-à-dire Londres, inscrite déjà dans le titre, là dès les premiers mots du narrateur externe et ce jusqu'à la dernière scène au bord de la Tamise, sur les docks, près d'un pont. Le tout dans un excellent scénario, adapté du roman éponyme de Gerald Kersh, grâce auquel le spectateur est tenu en haleine jusqu'à la fin.

Dassin nous avait déjà séduit dans The Naked City, où la peinture de la ville et de ses acteurs du quotidien excellait déjà ; néanmoins, jouissant ici de plus de liberté et s'étant libéré d'un producteur beaucoup trop invasif, il atteint un niveau de perfection bien plus élevé.

Du grand art.

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