Ô vieillesse ennemie

Avis sur Les Fraises sauvages

Avatar JimBo Lebowski
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Premier Bergman à mon actif et excellente surprise, l'idée de me lancer vers l'inconnu chez ce réalisateur autant réputé restait une sensation plutôt excitante, et je dois dire que l'expérience fût enrichissante.

Bergman introduit ce vieux professeur, Isak Borg, abandonné de tous, que ça soit par la mort, l'amour ou sa médiocre paternité, ces rêves le trouble au crépuscule de sa vie, quel aura été le constat de son existence ? Cette cérémonie honorant sa carrière de médecin est l'occasion pour lui de retrouver ses racines sentimentales, se remémorer ses souvenirs enfouis aux tréfonds de sa mémoire pour les exorciser et atteindre la paix ultime dans l'au delà.
C'est un voyage sombre, onirique et introspectif que nous propose Bergman, il choisit de débuter par ce rêve étrange et angoissant, presque lynchein (ça m'a quelque peu rappelé "Eraserhead" et sa quête noire de l'existentialisme), le temps semble figé dans un monde macabre qui n'attends que sa dépouille mortuaire.
Puis vient l'heure de ce road trip avec sa charmante belle fille Marianne, qu'il emmènera sur les lieux de sa jeunesse fougueuse où les fraises sauvages se cueillaient par la main de sa convoitée Sara, jusqu'à ce qu'il croise une jeune autostoppeuse ressemblant étrangement à son amour envolé. On navigue entre le pessimisme froid du vieux Isak, ses tristes regrets, et d'un autre côté son optimisme renaissant, par la poésie des mots et de la nature, le passé et le présent se juxtaposent, les relents sont parfois cruels mais nécessaires à l'absolution. D'abord aigri et non moins égoïste le vieil homme se mue en être généreux et attentionné avec son jeune entourage et plus particulièrement avec Marianne qui lui confiera un secret douloureux qu'il saura comprendre.
La fin est résolument optimiste, Isak peut se voir partir le cœur et l'esprit léger, comme un devoir tardivement accompli, la mort n'est pas montrée explicitement mais tout de même relativement suggérée (enfin à l'interprétation du spectateur), mais les derniers contacts avec l'autostoppeuse, son fils ou Marianne sonnent clairement comme des adieux remplis d'émotion et le vieil homme peut s'en aller retrouver des moments de bonheur au coin où poussent les fraises sauvages.

Ce dépucelage bergmanien m'aura enthousiasmé par son ambiance nostalgique et poétique, son style esthétique et cette mise en scène très maîtrisée, une très belle œuvre à déguster sans modération.

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