Petit frère ?

Avis sur Les Frères Sisters

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C'est donc ça, le fameux et nouveau Audiard. Et aux USA en plus. De quoi sans doute lustrer à nouveau le coq, attitude cocardière légitimée par le lion d'argent obtenu à Venise.

Oui, vous le voyez venir de loin, le masqué, à radoter qu'il se méfie de la propagande et du succès décrété. Et d'autant plus que Jacques Audiard, il n'apprécie que moyennement. C'est que cela partirait presque mal, cette affaire. Mais le genre western, il kiffe bien, Behind, lui qui a pu déjà chanter les louanges de Hostiles, un des meilleurs de 2018, si vous voulez son avis.

Les Frères Sisters a de solides arguments à faire valoir, en plongeant presque immédiatement, déjà, ses frangins dans l'action puis dans la traque pour le compte d'un commodore vieillissant en forme de figure paternelle. En plongeant ensuite dans cette relation intime et mouvementée entre coups de gueule et confessions, rêves et aspirations, cuites et poisses. L'un prend le pas sur l'autre à l'écran. Tout d'abord parce qu'il est plus exubérant et parfois incontrôlable. Mais surtout parce que c'est Joaquin Phoenix qui fait du Joaquin Phoenix. Et que, tout excellent puisse-t-il être, il n'arrive pas toujours à s'effacer derrière son personnage.

Cette relation, Les Frères Sisters la fait vivre de très belle manière en passant en revue presque tous les codes du western le plus immuable. Manquerait plus que les indiens, tiens, pour que le catalogue soit complet. Audiard en profite pour livrer une peinture de la violence qui anime sa fratrie, celle avec laquelle elle vit depuis l'enfance et dont elle a fait son coeur de métier. Et qui pèse comme une chape de plomb. Le dialogue est d'abord rare, au début du voyage, avant de se muer en conversation entre deux haltes. La relation est animée d'une tendresse assez incroyable, au point où, pendant la séance, on se prend à rêver que Hostiles soit dépassé, ainsi qu'à la première place du top des meilleurs french movies 2018.

Hélas, le deuxième tiers de ces Frères Sisters s'embourbe parfois dans la maladresse et la niaiserie des aspirations utopistes de leur proie, sous prétexte, sans doute, de rendre quelque humanité au duo d'assassins et de les libérer de la violence. Si Audiard pose en prophétisant la fin d'un monde vieillissant, son film semble dans le même temps dénué d'objectif, au point que le spectateur pourra avoir le sentiment que l'oeuvre n'a, soudain, plus trop rien à dire, à peine réanimée par une semi-révélation que l'on voit venir d'assez loin et un certain sens du tragique.

Il faudra donc attendre une troisième partie d'une mélancolie folle pour voir Les Frères Sisters littéralement ressusciter. Ce qui n'est pas un hasard puisque le film colle à nouveau aux basques de la fratrie, tout en mettant en avant le véritable premier rôle de l'oeuvre, où le caractère humble et sincère de John C. Reilly, à nouveau en paix avec lui-même, explose littéralement à l'écran. Il s'impose comme l'âme véritable des Frères Sisters, entre violence résolue et aspiration tournée vers la quête de la rédemption.

L'oeuvre n'est jamais plus belle que quand il apparaît à l'écran, tout simplement. Au point qu'il arrive, du fait de sa seule présence, à atténuer certaines imperfections d'un film qui démarre sur les chapeaux de roues pour mieux se perdre en route temporairement. A l'image de ses héros en quête d'indices afin de traquer leur proie, Les Frères Sisters jouit d'une illumination pour un retour aux sources final en forme d'apaisement. Où un sourire s'esquisse sur le visage de sa véritable figure de proue.

Les Frères Sisters, c'est avant tout lui, le grand frère. Enfin...

Behind_the_Mask, ♫ Frère Jacques, Frère Jacques...

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