La huitième merveille du monde

Avis sur Les Galettes de Pont-Aven

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Je connais Pont-Aven, charmant petit bourg breton du Finistère situé près de Concarneau, à l'endroit où la jolie rivière Aven s'élargit vers la mer, et lieu jadis fréquenté par des peintres dont Gauguin. Un décor idéal pour ce film que je revois à chaque fois avec plaisir.
C'est une comédie de moeurs en forme de saine gaudriole rustique, euphorisante et légère, consacrée au culte du corps féminin, à l'humour caustique et à prendre au premier degré. Pourtant, il n'y a ni obscénité ni vulgarité, ce n'est que l'histoire d'un pauvre type, Henri Serin, peintre pur et illuminé qui se considère comme raté, à la recherche de la perfection absolue et de la beauté sublime que représente "un cul de bonne femme" qui selon lui, est "la huitième merveille du monde". On retient 2 scènes cultes qui magnifient cette idée, lorsque Marielle s'extasie sur les fesses de ses modèles ("Bordel de merde, si c'est pas beau ça ? c'est magnifique..." etc). Le propos a perdu son côté frondeur car le film est ancré dans son époque des années 70, mais reste très amusant.
C'est en pensant à J.P. Marielle qu'il avait déjà dirigé dans Charlie et ses deux nénettes que Joël Seria a écrit ce rôle de Henri Serin, Marielle y est tout simplement magistral en peintre à la dérive, et se déchaîne dans un registre volubile, excessif et exubérant avec son phrasé si particulier, tout en faisant voler en éclats la vie morne de représentant en parapluies qui l'étouffe pour devenir ce peintre rabelaisien qui se complait dans les beuveries, mais qui vit pleinement et libre, au sein d'une Bretagne aux personnages secondaires pittoresques, comme le curé alcoolique joué par Romain Bouteille, ou encore Emile le peintre vicelard incarné par Bernard Fresson, sans oublier Claude Pieplu en curaillou hypocrite, Dominique Lavanant qui tapine en bigoudène, et Jeanne Goupil, la petite bonne virginale d'une pension de famille... je me souviens être devenu admirateur de Marielle lorsque j'avais vu ce film la première fois en VHS.
Seria se livre a une sorte d'étude naturaliste de la France profonde, c'est l'exemple d'une comédie de qualité encore dans ces années 70, avant une baisse sensible à la fin des années 80, c'est devenu une petite perle qui pourtant remue du graveleux, mais elle a bien plus de profondeur qu'on ne croit, car Seria renvoie l'humain face à ses angoisses existentielles et ses faiblesses. On ne voit plus de comédie de ce style aujourd'hui, aussi libre, avec des dialogues crus et des filles à poil, tout est tellement formaté pour ne pas choquer ou ne pas déborder de nouveaux codes moraux, c'est pourquoi c'est triste et sans intérêt, alors qu'ici, on a une ode à la liberté, à la gauloiserie et au bien vivre qui ne fait de mal à personne.

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