Le club des 5 salopards sur l'ile des merveilles

Avis sur Les Garçons sauvages

Avatar Clem_Bulle_
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Un monde peuplé uniquement de femmes éviterait-il la violence et les guerres ?
Le film débute avec une intrigue à la Orange Mécanique de Kubrick : une bande de malfaiteurs violents et sexuellement dérangés, qu’on veut « guérir », qu’on veut rendre dociles. Mais dans un univers complètement différent qui échappe à tout repère de réalité. On ne sait pas où on est, ni quand, ni pourquoi. Et ça fait du bien. Influences du surréalisme et du cinéma expérimental, plans complexes qui sollicitent toute l’attention dans leurs moindres détails, les moindres flous, les moindres mouvements. Un travail sur pellicule, du noir et du blanc qui subliment la couleur, et de la couleur qui surgit tout à coup, et sublime le noir et blanc. Une image et un son jouissifs. Univers mystique, indescriptible, du jamais vu pourtant bourré de nombreuses références et hommages : Robinson Crusoe et la vie sauvage sur l’île, une exploration à la Jules Verne, l’univers de Cocteau, une influence duchampienne avec l’omniprésence du sexe…
Comme un conte pour enfants, le film est narré par une voix off douce et enivrante, poétique : « et le soleil leur caressait les yeux » ; rupture avec l’érotisme presque pornographique et repoussant du film lorsque la même voix off donne soudainement à entendre « ils chiaient dans des seaux » ou lorsqu’ils parlent de leurs « queues ».

Film à la fois dégoûtant et fascinant : on se sent happé et incapable de détourner les yeux de ces images splendides, de ces personnages ni hommes, ni femmes : humains. La masculinisation des 5 actrices femmes et la féminité de leurs personnages masculins, c’est du génie, qui vaut tous les discours possibles sur la question du genre. Tanguy, personnage entre-deux-sexes, représente la différence, la marginalité, qui reste tout de même rejetée, moquée. Pourtant il deviendra capitaine. La boucle est bouclée.
La scène des baisers à 5 sur la plage de l’île, en couleurs, les plumes qui recouvrent les corps, est la plus craquante : elle donne presque envie d’y être, tant ces 5 femmes sont excitantes, tant ces 5 garçons sont beaux.

Un chef d’oeuvre de style, de travail de l’image et du son, qui nous kidnappent, nous entraînent vers un ailleurs inexploré, loin de notre quotidien, et nous laissent sur notre faim : c’est drôle, c’est beau, c’est sensuel, c’est trash, c’est absurde, c’est sérieux, c’est irréel. On en veut encore plus. C’est les garçons sauvages, c’est Bertrand Mandico, c’est le 7e art qui prend tout son sens.

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