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Les Harmonies Werckmeister

Avatar Ripailloux
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Les harmonies werckmeister est un véritable bijou cinématographique. Réalisé par Bela Tarr en 2000, il raconte l'histoire de Janos, Hongrois, qui croit profondément en l'homme, et qui peu à peu subit désillusions sur désillusions dans un village qui s'enfonce peu à peu dans la méfiance et la violence suite à l'arrivée d'un mystérieux cirque composé d'une baleine morte gigantesque et d'un prince qui semble avoir bien des pouvoirs...

Si le scénario est assez abstrait à première vue, il est assez incroyable de se dire que ce que j'ai écris à l'instant est pratiquement l'intégralité de l'histoire du film. Les quelques développements qui arriveront par la suite ne seront que la succession logique de tout ceci...

Bela Tarr est un génie de la caméra, c'est clair et net. Dès le premier plan sa maitrise nous éblouie. Janos tente d'expliquer à quelques ivrognes ce qu'est une éclipse. Grand moment de cinéma que ce plan-séquence de 10 minutes, où la fascination de Janos pour les sciences, pour l'univers, semble déjà incroyablement imposante. Son discours est passionné, et passionnant, malgré le fait que nous sachions déjà parfaitement le fonctionnement d'une éclipse (enfin si vous avez suivi des cours normalement il n y a pas de problèmes), la façon que Janos a de tourner les choses est juste splendide. Un mélange de mystère et de poésie, accompagné à partir de l'éclipse, et du "silence" que Janos précise, d'un thème musical absolument somptueux. La camera s'éloigne alors, prend la pièce du bar en ensemble, recule jusqu'à trouver la lumière, la lampe qui éclaire la scène... Et de revenir ensuite de plus près lorsque l'éclipse disparait. Suite à cette scène d'une rare intensité, Bela Tarr continue à nous scotcher avec un incroyable plan travelling arrière qui fait s'enfoncer Janos dans l'obscurité de ce petit village lors de sa marche...

Le film s'installe alors dans une profonde lenteur. Tarr souhaite souligner le quotidien de ces hongrois, dans un village qui semble perdu dans le temps... La lenteur, qui amène progressivement les enjeux, les idées du film... Le cirque arrive, et on finit par comprendre. Il y a quelque chose d'autre là-dessous. Et la peur qui étreint chaque villageois commence à prendre part en nous...

La réalisation de Bela Tarr est donc absolument sublime. En tout, il y a environ 35 plan-séquences dans le film ! Certains sont d'une longueur assez incroyable, tous sont très réussis. Certains sont vraiment fascinants (les scènes de la place centrale), d'autres, plus banals, mais essentiels (le plan silencieux de la marche entre Janos et son oncle). Chaque angle, chaque moment, est filmé avec une diabolique précision. On a vraiment l'impression que le film est accompagné de l'image parfaite. L'esthétique est d'ailleurs bouleversante... Le noir et blanc est glacial, et pourtant la photographie rend le tout extrêmement vivant. Chaque recoin du village a son âme, son ambiance. C'est palpable.

Le développement du scénario, bien qu'assez vague, évoque des thèmes importants et parfois presque méta-physiques, en tout cas philosophiques, comme nous semble l'indiquer le monologue du musicologue au début. La baleine n'est qu'un symbole, elle pue, elle est finalement moche, et pourtant elle fascine Janos, qui voit en elle une créature divine incroyable. Mais autour de lui, alors qu'il tente de rallier des gens à sa cause, personne ne suit ses idées. Peu à peu il se sent de plus en plus isolé, comme s'il était seul à saisir le côté majestueux de cet animal gigantesque.
Janos est la seule lueur d'espoir du film. Un espèce d'idéaliste, qui tente d'expliquer des notions scientifiques aux ivrognes du coin... Mais peu à peu sa foi va s'envoler tandis que tout va basculer autour de lui. La scène de l'hôpital est absolument poignante, principalement la fin. C'est un être détruit qui sortira de cette aventure.

Il est malheureux que certains passages du film souffrent de quelques longueurs... La marche des centaines de disciples du Prince par exemple, ou encore la scène durant laquelle les deux enfants font un vacarme monstre... Mais d'un autre côté, cette torpeur parfois ennuyante est aussi le lot de ce film. C'est ainsi que Bela Tarr a voulu représenter le village, ses évènements. Il n y a pas d'artifices, pas d'ellipses, on est au cœur du sujet et même les plus "terre à terre" et lentes actions sont filmés avec une incroyable perfection.

Au final ce film est réellement bouleversant, évoquant tour à tour les croyances, l'humanisme, le totalitarisme, il est d'une beauté et d'une pureté incroyable. Malgré quelques lenteurs, ce film est un vrai chef d'œuvre, atteignant les sommets du cinéma lors de certaines scènes illuminés d'une incroyable grâce (l'introduction, la marche de nuit, l'hôpital, les deux passages avec la baleine...)... Génial !

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