Fuck

Avis sur Les Harmonies Werckmeister

Avatar Naroungas
Critique publiée par le

Une note improvisée sur un forum mourant.
C'est dans l'ère du temps.

« Mec, tu vas voter en 2012 ?
- Non.
- Pourquoi ?
- Parce que les campagnes présidentielles, ça me fait décidément bien chier. »

« Un roi sans divertissement est un homme plein de misères [...] ».

Les Harmonies Werckmeister est un film âpre et hypnotisant. Les nombreux plans-séquences qui le jalonnent permettent de capter la tension d'un monde à l'agonie. C'est à travers les yeux d'un jeune postier que nous suivons la descente aux enfers d'un petit village. La situation est en effet pitoyable puisqu'il est question de famines, de crises dans tous le pays. L'électricité et l'eau manquent. Un village qui murmure partout sa fin. Deux événements contraires vont définitivement achever cet endroit et notre héros par la même occasion. L'arrivée d'un cirque avec à son bord un Prince nihiliste et une baleine monstrueuse. Puis celle d'une femme, Tünde qui s'emploiera à ramener la paix par n'importe quels moyens. C'est deux événements : le divertissement et la paix vont malheureusement apporter chaos et mort. Le Prince veut voir le monde brûler puisque « tout est mensonge » et Tünde utilisera la force militaire pour ramener le calme. Ce tiraillement extrême poussera les villageois dans un profond malaise. Le monde qu'ils pensaient perdu à survécu dans un bain de sang. Le monde ne finit pas. Jamais. Les crises sont éternelles. Seul notre héros, témoin naïf et invisible verra son monde intérieur s'écrouler. Son repli face à cette réalité nocive sera définitif.

Malgré sa lenteur, ce film reste une des œuvres les plus modernes sur la perdition et le sentiment de crise que le monde semble subir depuis toujours. Montrant une vraie fin à l'échelle humaine et non mondiale.

Depuis la fin des années 90, le vrai cinéma indépendant a fait le bilan d'une époque délétère et souffrante. Une époque défigurée par un vide politique, parsemée de crises morales ou économiques. Voilà maintenant douze ans que le cinéma indépendant exprime la fin d'un monde. Ce renversement est d'autant plus insidieux qu'il est officiellement vendu sur toutes les chaînes de télévisions et exprimé par la bouche même des politiciens. C'est un système qui récupère tout et le dévoie. Les attentats et les crises se transforment en opium du peuple. Le vote démocratique en usine à peurs. Et pour finir, nos dirigeants en putes fardées. A ces ébranlements sociétaux s'ajoute le désœuvrement total d'une partie de la jeunesse. Une jeunesse piégée, en manque de moyens pour riposter. A peine capable de s'organiser pour se faire entendre et très vite instrumentalisée (cf. le mouvement des indignés). Face à ce déclin, l'imaginaire n'offre que des lunettes 3D et des visions illusoires. Des uchronies à la con. Des auteurs de supermarchés. Des séries policières bien-pensantes. Des joies éphémères et des télé-réalités embarrassantes. A l'heure où le dernier film de Eric Toledano et Olivier Nakache totalise 20 millions d'entrée, on peut clairement parler d'un affaiblissement de la pensée et des valeurs humaines (voir sur écran géant la synthèse des préjugés sociaux attirait deux français sur six, ça fait mal. Se dire que le film est en plus ouvertement raciste, c'est d'autant plus vomitif). On se force alors à rechercher des vérités ailleurs. Même si elles ne sont pas facile à trouver. Même si elles ne donnent pas de réponses ou de solutions au problème. Elles offrent au moins une authenticité. Elles ne s'habillent pas d'hypocrisie. A travers les années 2000, le cinéma indépendant ne décrit pas LA fin du monde. Cette fin spectaculaire qui comblent les salles (cf. La Guerre des Mondes de Spielberg). Mais celles des mondes intérieurs que nous construisons, de nos repères qui s'effritent et se brisent en petits fragments car le monde lui ne finit jamais, il ne s'éteint que sur une petite échelle. L'échelle d'une vie face aux marasmes environnant. C'est assez frappant de voir l'indifférence (ou le dégoût) de certaines personnes pour ces films tout en constatant l'étrange fascination qu'ils ont pour des campagnes présidentielles volontairement alarmistes et chimériques. Parce qu'au final, ce cinéma indépendant n'est pas pessimiste ou dangereux. Il dénote en définitive d'un optimisme rare. Je cite ici Bela Tarr : « Le vrai pessimiste ne va pas se lever à 4 heure du matin pour aller faire du repérage, tourner un film dans le froid ou sous la pluie, comme je le fais ! ». C'est en travaillant l'imaginaire qu'on s'offre un monde légèrement meilleur.

Dans la liste des films de cet acabit, on peut également ajouter le récent et très recommandable Take Shelter.

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