Tranquillisant pour consciences occidentales

Avis sur Les Héritières

Avatar Eowyn Cwper
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J'ai toujours eu du mal avec les films ultra-naturalistes, mon ennui étant apparemment corrélé à la capacité des réalisateurs à faire jaillir des stars du néant. Le lien a davantage de sens que peut le laisser croire mon ton râleur, puisque c'est grâce au fait que les deux actrices principales n'avaient encore jamais tourné que leur couple est si intime.

J'ai bien dit « couple » et je l'aurais mis en spoiler si ça ne crevait pas l'écran d'entrée de jeu. Il se trouve que l'inexpérience des actrices se prête bien au jeu du couple lesbien âgé, un sujet si rare que même l'audience européenne va nécessiter qu'on le prenne avec de grosses pincettes. Ou bien est-ce l'inverse ? Peut-être seul le cinéma discret d'une nation conservatrice pouvait-il transformer le sentiment que les actrices se rencontrent à peine en l'attachement presqu'invisible qui unit leurs personnages ?

Cette invisibilité était une nécessité pour que le sujet survive dans un pays qui ne comprendrait pas, et leur discrétion va alimenter le film en un ensemble d'indices et d'allusions qui, là encore, fonctionnent parfaitement avec la machine à explorer le Vide du cinéma sud-américain. Un vide qui, autant que les actions fades choisies par le naturalisme européen, compose une tranche de vie.

Ce qui me chiffonne finalement, c'est que le succès de Les Héritières est circonstanciel et aurait carrément pu être planifié : des actrices au naturel, un sujet délicat, un survol des conditions sociales par des indices qui donnent beaucoup de grain à moudre autant à l'intelligence qu'à l'imagination du spectateur, c'est le genre de “do it yourself” tendu sur un plateau au spectateur pour lui donner bonne conscience, et qui ne contient en fait pas grand chose de cinématographique. Sauf que c'est bien fait, et beau, et juste, alors c'est primé, applaudi, loué.

Tant mieux si un tel film fait croître l'ouverture d'esprit paraguayenne, et je n'ai pas non plus de quoi cracher sur sa mise en scène. Mais les deux Ours d'Argent m'ont un peu trop souvent chuchoté à l'oreille : « j'espère que vous profiterez bien de votre plaisir bourgeois ».

Quantième Art

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