Film biographique, éducatif, réaliste et justement joué

Avis sur Les Héritiers

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Le film démarre sur l'entrée en classe de lycéen.ne.s où on leur demande d'enlever casquettes, écouteurs, foulards. Une grande inutilité dans le monde de l'éducation, qui ne se mesure pas à ce que l'on porte sur soi et qui stigmatise en montrant une malhonnêteté dans le système, un biais que n'importe quel projet anti-raciste ne peut surmonter.

Ariane Ascaride joue magistralement le rôle d'une enseignante de français, qui montre une belle conviction à tirer ses élèves vers le haut. Elle joue Anne Gueguen, une professeure qui enseigne toujours au lycée Léon Blum.

Le sujet qui va motiver les élèves et autour de l'extermination systématique des Français.es Juifs ou Juives, mais avec une précision sur le fait que les enfants Français Tsiganes ont aussi subi l'extermination. Il y a aussi une référence à la Palestine, qui donne un aspect actuel au film et peut motiver des projets éducatifs.

Contrairement à d'autres films sur l'éducation, les élèves sont bien représenté.e.s et d'un grand réalisme. Chaque acteur et actrice jouent brillamment et, pour une fois on a presque autant de femmes, que d'hommes, au premier plan.

Quelques scènes restent un peu caricaturales, notamment celle où une des professeur.e.s se trouve en grande difficulté dans sa classe, ne montrant qu'un groupe d'élèves ahuri.e.s, qui ne pensent qu'à créer le chaos. Bien que le chahut soit matière courante, ce n'est pas aussi phénoménal. Cette scène manque de subtilité, même si cela ne stigmatise pas les élèves, mais ce serait intéressant d'avoir le point de vue d'élèves, qui s'y voient représenté.e.s.

Genevieve Mnich, qui joue le rôle d'Yvette, une des enseignantes qui a la même conviction que Anne, jouée par Ariane Ascaride, joue également très bien.

Un petit bonus, le film montre aussi le sexisme ambiant de la société française par certains passages, comme une jeune fille pris à part par plusieurs garçons, avec l'un d'entre eux qui l'a menace et tente de l'agresser ou les propos d'une jeune fille sur un des garçons qui a pleuré en regardant le film "La liste de Schindler" et encore la référence au collectif par les matchs de foot, comme si pour les filles (même si il y a aujourd'hui de plus en plus de matchs féminins) c'était un exemple dans lequel elles pensent avoir leur place, au même titre que les garçons et le paternalisme de Pétain. (qui par le gouvernement de Vichy participe pleinement au génocide.)

On peut regretter que la trame du film semble un peu trop se référer au film biographique "Écrire pour exister", mais sans doute qu'Anne Gueguen l'a vécu ainsi et a été influencée par cette autre histoire vrai, qui a amené l'enseignante Erin Gruwell, à créer un livre avec ses élèves: "The freedom writers diary".

Lhumanité n'est-elle pas ainsi, prompte à s'attacher à son vécu et à sa place dans la société? Il y a aussi une différence par rapport à la version américaine, dont la société ne vit d'ailleurs pas le racisme de la même façon. Aux states, on parle de ghettos et il y a autour de ce constat beaucoup d'images fantasmées. Le racisme est ici démontré de manière plus subtile, comme ce passage dans le bus où une femme raciste refuse la place qui lui est offerte par une autre femme qui porte le voile, mais il n'y a pas de questionnement sur ce port de voile. On a l'impression qu'il y a un certain respect et simultanément une hypocrisie, dû d'ailleurs au système dans son ensemble.

Léon Zyguel, rescapé après avoir été déporté à Auswitch en 1942, joue son propre rôle dans le film. Il a continué à témoigner dans les lycées jusqu'à sa mort, en 2015.

La référence à Simone Veil fait plaisir, c'est d'ailleurs ce qui motive Mélanie, l'une des élèves, à reprendre goût au savoir. Ce rôle est justement joué par Noémie Merlant. Son discours au concours national de la résistance est brillamment joué, en nous faisant ressentir son état émotionnel et une belle force de conviction.

Stéphane Bak, qui joue Max, un des élèves, a aussi beaucoup de talent. C'est dommage que la réalisatrice, Marie-Castille Mention-Schaar, n'exploite pas davantage son rôle, en montrant peu sa vie, mais c'est aussi sous le regard d'une enseignante que la réalisation est faites, une enseignante qui n'a que quelques notions de ce que peuvent vivre ses élèves. L'engagement d'Erin Gruwell était assez différent, elle allait jusqu'à aider ses élèves dans leur vie personnelle.

On regrette aussi que l'histoire ne dénonce pas le néo.colonialisme, après la seconde guerre mondiale.

En tous les cas, le film met à l'honneur ceux et celles qui ont subi la Shoah et l'envol des ballons en est un des moments plein d'émotions. Rien que pour cela, c'est un film à diffuser dans les collèges et les lycées.

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