En attendant la guerre...

Avis sur Les Horizons perdus

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Troublant film que ces Horizons perdus, qui imagine une société parfaite perdue au milieu de l'Himalaya. La date de 1937 n'est pas innocente, et au début, on sent la lourdeur du contexte international, avec beaucoup d'allusions à la guerre qui se profile. Les Chinois que Conway abandonne avec mauvaise conscience font immanquablement penser aux minorités d'Europe abandonnées au talon nazi. Et nul doute que si ce film a intéressé Capra, c'est pour ce fantasme d'une possibilité de trouver un lieu qui sera préservé d'une guerre inévitable.

Le film s'inscrit dans le genre des mondes perdus, comme Voyage au centre de la Terre, mais la reconstitution est inégale, quoiqu'envoûtante. Il y a des plans minimalistes et géniaux, d'autres qui font très carton pâte, car Shangri-La est un assemblage du Tibet, des vallées des Alpes, de la Louisiane, des îles tropicales, etc... Les décors d'intérieur sont froids et impersonnels ; ils utilisent peu les motifs tibétains pourtant uniques. Il faut dire que le film a un budget de série B. Les costumes, en revanche, sont soignés.

Au fonds, le film fait un peu penser à une bande dessinée pulp. Le père Perrault a quelque chose d'effrayant et d'un peu ridicule. On trouve autour de Conway une équipe de personnages très stypés : Mlle Stone, touchée par une maladie qui la condamne, avec des penchants à l'hystérie. Barnard Lovett, un archéologue qui prend facilement peur. Bryant, qui se fait passer pour un homme du peuple un peu vulgaire mais est dans les affaires. Georges, le frère, vite obsédé par l'idée de revenir à Londres.

Les éclairages tirent parfois vers l'expressionnisme. La musique, avec des choeurs éthérés, est plutôt réussie.

Et la conclusion du film ? C'est sans doute le point le plus intéressant. Car Conway décide de retourner à Shangri-La, quitte à y être prisonnier. Est-ce lâcheté de sa part ? Est-ce abnégation, puisqu'il va maintenir une oasis de paix pour reconstruire le monde après guerre ? Ce qui est le plus intéressant, c'est de sentir de déchirement qui est celui de Capra et d'un grand nombre d'Américains. Avec une conviction : la guerre arrive, qu'on le veuille ou non. En cela, cette version est particulièrement intéressante, car elle pose les questions du moment, sans y répondre de manière facile.

Synopsis : le film commence in medias res par une scène de chaos dans un aéroport à Bascul, où Robert Conway organise la fuite de ressortissants britanniques aux prises avec une population chinoise qui veut leur peau. L'avion survole l'Himalaya vers une destination inconnue au lieu d'aller vers Shanghaï, car le pilote est un traître retranché dans sa cabine. Ils s'écrasent en haute altitude. La situation semble désespérée au milieu des neiges éternelles, mais des inconnus viennent les accueillir et les invitent à leur monastère. Ils suivent des crêtes et débouchent dans une vallée idyllique, à l'abri des éléments. On les reçoit comme des princes. La vallée est quasiment coupée du monde : on leur demande donc de patienter et de profiter des plaisirs de la vallée en attendant une éventuelle livraison extérieure.

Conway est troublé par ce lieu et n'a pas envie de le quitter. M. Chang, sorte d'ancien de la communauté, lui explique que Shangri-La repose sur le principe de courtoisie et de modération. Le petit royaume aurait été créé par un missionnaire, le père Perraut. Conway tombe sous le charme d'une charmante jeune femme qu'il poursuit à cheval et courtise.

Mais Georges supporte mal l'attente et se sent en captivité. Sur leurs questions pressantes, le grand Lama les convoque. C'est en fait le père Perrault, vieux de 200 ans, grâce à la vie paisible de Shangri-La. Il lui explique qu'il l'a fait venir ici, à la demande de Sondra, la jeune femme, qui a lu ses livres. Le but de Shangri-La est d'être un refuge pour la civilisation et l'amour, en prévision des guerres qui s'annoncent. Chacun trouve finalement moyen de se réaliser : l'archéologue donne des cours de géologie, l'homme d'affaire installe un réseau hydraulique pour les habitants, Conway trouve l'amour de Sondra, Mlle Stone reprend des couleurs. Seul le frère devient violent, car il veut partir. Conway va en parler au père Perrault, qui lui annonce qu'il le choisit comme successeur avant de mourir. Le frère rassemble les porteurs et demande aux autres s'ils veulent le suivre, mais tout le monde veut rester. Il a une longue discussion avec son frère, car il ne croit à aucune des histoires sur la longévité. Avec Maria, une jeune Russe, ils soudoient des porteurs pour quitter Shangri-La. Conway change d'avis et part avec eux. Les porteurs tirent et provoquent une avalanche, bloquant le chemin vers Shangri-La. Mais Maria devient très âgée, ne bénéficiant plus de l'éternelle jeunesse du lieu. Georges en devient fou et se tue. Conway revient à la civilisation, mais décide finalement de retourner là où il a sa place à Shangri-La.

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