Honneur aux dames

Avis sur Les Indestructibles 2

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14 ans ça ne nous rajeunit pas. Les productions Pixar ont été dès leurs débuts sacralisées comme des objets saints dont l'exploitation serait un affront mais Les Indestructibles a toujours tenu une place particulière dans le cœur des fans, il est le seul de ces films où le public a massivement réclamé une suite tant son univers pouvait laisser place à tout un éventail d'histoires. Brad Bird ne fût pas fermé à cette idée mais attendît d'avoir l'illumination pour officiellement se lancer dans le projet. Elle arriva par chance pile à l'instant où le mésestimé À la Poursuite de Demain fût un échec en salles, lui permettant de payer ses dettes envers Disney, de la même façon qu'Andrew Stanton le fît avec Le Monde de Dory après le four historique de John Carter.

La pression n'en fût que décuplée en prenant compte de l'insatisfaction des spectateurs à voir le studio à la petite lampe reposer sur ses acquis depuis plusieurs années. Trop de suites non-désirées et de longs-métrages originaux bâclés ont semé le doute parmi la communauté des plus inconditionnels et le réalisateur du Géant de Fer avait tout intérêt à dissiper ces craintes. Une déception de plus et la perte de foi du public serait irrémédiable.

Les Indestructibles 2 reste donc dans une zone de sécurité bien prudente, reprenant à la seconde près où l'action de son prédécesseur s'était arrêtée lors de l'attaque du Démolisseur. Prudent mais réfléchi. Son témoignage ensuivi d'un effaçage de mémoire en guise d'ouverture ne pourra que faire rappeler le cartoon Baby-Sitting Jack-Jack, établissant rapidement un lien familier avec le premier fan venu sans aller dans la copie, tandis que Bird peut s'amuser à réintroduire chacun des super-héros pris dans un combat dévastateur.

Si l'on reste en terrain connu et que les ressemblances avec le premier film sont légion (dispute au dîner, arrêt d'un train lancé à toute vapeur, les deux apparitions d'Edna Mode etc...), Les Indestructibles 2 aborde son sujet différemment, ayant l'idée adéquate de se recentrer sur Helen Parr alias Elastigirl afin que chaque membre de la famille puisse briller là où Bob Parr était clairement le personnage principal en 2004. L'enjeu ne va donc plus se restreindre aux espoirs d'un seul homme mais devenir la préoccupation de toute une partie de la planète pour que les prochaines générations voient coexister humains et surhumains.

Le commentaire social malin des Indestructibles n'a pas disparu, il est d'ailleurs remis à jour et colle parfaitement au contexte actuel où l'influence médiatique peut décider des bouleversements politiques, le but étant qu'Elastigirl attire tous les regards de par son statut de femme et sa "différence" sujette à polémique. Bird s'en serre pour confiner le mari et les enfants à la maison et capturer l'intimité de leur quotidien. Cela a beau ne servir quasiment que pour de l'humour, les Parr sont aussi attachants que lorsqu'on les avait quitté et ce même si leur évolution est minime.

Car l'effet de surprise est passé. Les séquences poignantes et les audaces du premier opus ne peuvent revenir. Le rythme est plus linéaire, notamment dans son deuxième acte où on alterne entre Bob et Helen de manière un peu trop répétitive, et l'accent est mis sur la comédie. Cela dit, on ne boude pas notre plaisir car Jack-Jack devient la star du film au travers de scènes délirantes où l'imprévisibilité de ses super-pouvoirs est un générateur de gags illimité. Les plus gros fous rires nous seront offerts par un raton-laveur martyrisé et une Edna Mode acceptant de prendre en main temporairement le bébé.

Quelques réserves sont à émettre toutefois sur le scénario qui ne risque pas de surprendre grand monde. L'identité de l'Hypnotiseur, le grand méchant de cette seconde aventure, est révélée dans un coup de théâtre que n'importe qui prévoira dix ans à l'avance, les nouveaux super-héros n'arrivent pas à se démarquer, n'étant là que pour les besoins du final, final moins épique et prenant que celui du précédent film, le drame ayant été mis de côté.

De la même façon que le discours pessimiste d'Hugh Laurie dans À la Poursuite de Demain était rejeté en bloc par les protagonistes, Brad Bird refait à nouveau la même erreur dans Les Indestructibles 2 alors qu'il sait généralement apporter les nuances nécessaires au propos de ses films. Il n'y a aucune remise en question quant aux méthodes utilisées pour légaliser les activités des surhommes et les motivations du super-vilain, loin d'être inintéressantes, ne débouchent finalement sur rien. Dommage que tout ça ne soit mis en place que pour un happy ending définitif ne laissant pas de doute sur le futur rayonnant de l'Humanité.

Sans aucun doute une des suites les plus attendues de la décennie, Les Indestructibles 2 n'égale pas son aîné car pêche par son manque d'originalité et de prises de risques mais garantit un excellent moment de dépaysement grâce à sa réalisation aux petits oignons, son énergie et ses personnages au capital-sympathie ineffaçable

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