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Les parents terribles

Avis sur Les Invasions barbares

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Et finalement, ayant revu dans la foulée l’un de l’autre les deux films, je me demande si mon idée que le deuxième était en léger retrait du premier est bien exacte… Il est vrai que Les invasions barbares est plus riche en intrigues parallèles (ou adventices, plutôt), ce qui peut légèrement disperser l’attention au propos fondamental de Denys Arcand. Mais il est vrai aussi que cette scénarisation permet de mieux tenir la distance et n’encourt pas le reproche fait par certains spectateurs au Déclin de l’Empire américain d’être un soupçon trop verbeux.

Il est en tout cas très bien qu’un binôme dont les deux films ont été tournés à 17 ans de distance (ce qui est tout de même assez rare) dresse un tableau aussi cohérent et intelligent de cette course à l’abîme qu’est la gangrène mentale du Monde occidental. Au Déclin succède L’invasion : rien de plus logique ; nos vieux camarades Gibbon, Spengler et Toynbee ont expliqué cela sous toutes les coutures. J’apprends d’ailleurs fortuitement qu’Arcand a tourné en 2007 ce qu’il considère comme le volet terminal de sa réflexion, L’âge des ténèbres (dont je n’ai jamais entendu parler) : le titre dit bien que la boucle est close.

Anecdotiquement, j’ignorais que l’état des établissements hospitaliers du Québec (du Canada ?) était si lamentable et que les syndicats y avaient une telle omniprésence, un tel poids ; ce bout de critique sociale n’est pas le meilleur du film et s’envole d’ailleurs assez vite, au fur et à mesure que le récit avance ; de la même façon, l’apport de l’héroïne (la drogue !) et l’accès à icelle me semblent légèrement superfétatoires. Les difficultés s’entrechoquent pour empêcher le pauvre, attachant, pitoyable Rémy (Rémy Girard, encore meilleur, si la chose est possible, que dans le premier ouvrage) de finir sans trop souffrir sa vie de patachon, qu’il a passionnément aimée. Leur résolution par Sébastien (Stéphane Rousseau), le fils de Rémy permettra de placer, dans le récit choral, ceux qui en étaient totalement absents dans Le Déclin de l’Empire américain : Sébastien, donc, sa sœur Sylvaine, qui navigue sur le Pacifique, Nathalie (Marie-Josée Croze), la fille droguée de Diane (Louise Portal), et même les très jeunes enfants de Pierre (Pierre Curzi), qui était jadis si opposé à en avoir…

Mais qu’est-ce que ça change, malgré les effusions finales, un peu convenues, et le larmoiement devant le dépérissement graduel de Rémy ? Mais oui, les parents ont aimé leurs enfants et les enfants sont, quoiqu’ils en disent et malgré qu’ils en aient, profondément redevables à leurs parents… mais les uns et les autres ne se sont pas compris, sont passés à côté de la vie, à côté les uns des autres, si l’on veut. C’est bien encore un désastre constaté ; et c’est que dit Gaëlle (Marina Hands), la fiancée de Sébastien : son mariage ne se fondera pas sur "L’Amour", sottement idéalisé et confondu avec l’attirance, la passion ou le désir : On ne construit pas sa vie avec une morale de chanteur populaire : « Quand on n’a que l’amour », « Ne me quitte pas »… ; Brel le gluant en prend pour son grade…

Si Arcand pose ces termes terriblement lucides, il s’en donne à cœur joie dans des dialogues d’un brio magnifique : les scènes où les vieux amis se retrouvent sont absolument jubilatoires, tant les mots se goûtent, s’apprécient, se fécondent, s’enrichissent, tant ces intellectuels cultivés et spirituels ont de bonheur à les faire voler…

Si j’ai trouvé particulièrement pénible et glacée, malgré la beauté de la nature québécoise, la scène finale de l’euthanasie par injection à Rémy d’une surdose d’héroïne, je conserve, en revanche un souvenir très clair, très beau de la fermeté de la Foi de la religieuse hospitalière avec qui Rémy aime rompre des lances. Ainsi, après qu’il s’est lancé dans une nouvelle diatribe antichrétienne, elle, sereine, confiante, animée de la seule force qui vaille, celle de la Foi : "Si toute l’histoire de l’Église a été une suite de crimes abominables, alors, à plus forte raison, il faut bien que quelqu’un existe qui puisse les pardonner !". Tout est dit.

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