En ces temps d'apoplexie généralisée, il faudrait se perdre en louanges sur ce petit film post-moderne car il "ne sombre pas dans le pathos".


Il est vrai qu'on ne s'émeut à aucun moment dans ce qui ne constitue qu'un ensemble de non-choix : d'abord plutôt documentaire dans sa première demi-heure avec des petites saynètes vites coupées, des conflits avec l'administration qu'on doit comprendre à demi-mot car peu de contextualisation, un ensemble de petits portraits très courts et d'émotions à demi-transmises, le film part peu à peu dans plein de directions en empruntant tour à tour des ficelles à la comédie romantique et au "feel-good movie" même avec une dimension très cathartique à la sauce "Cauchemar en cuisine" où les questions d'argent, de rapports économiques et sociaux sont peu voire pas abordés, au profit d'une psychologisation débilisante où il faudrait mentir, se mentir et se vendre, et reprendre confiance en soi en faisant des exercices de respiration...bref, un film qui décide aussi de ne tout montrer qu'à travers le prisme d'une assistante sociale (Audrey Lamy) et finalement de ce qui n'est que sa vision à elle, sans recul et sans charisme, de la vie quotidienne dans un centre d'accueil de jour.


Il n'y a quasiment aucun dialogue entre les femmes SDF où alors pour un mini-conflit désamorcé en 12 secondes montre en main. On ne voit ni naitre la détresse, ni ne la voit-on s'éteindre car on est sommés de comprendre que tout va mieux lorsque le réalisateur nous balance à fond de caisse sa musique à deux balles des années 80...


Tout dans ce film sent la faillite : celle de l'administration française mais surtout celle de la conscience politique de ses administrés.
Je ne reproche pas du tout au film d'aborder la question des sans-abris par le prisme de la comédie car en parlant de catharsis, le rire est sans doute le meilleur moyen de nous faire une thérapie à nous, spectateurs; ce que je reproche c'est de n'avoir pas vraiment décidé comment l'aborder car finalement, ce n'est même pas une comédie (tout ce qui est drôle se trouve dans la bande-annonce) mais ce n'est pas un documentaire non plus (comme tout est joué, il a sans doute fallu restreindre les scènes "compliquées" puisque les actrices ne sont pas toutes professionnelles et certaines choses devaient sonner très faux une fois jouées), ni un drame, c'est juste un amas de tout et n'importe quoi qui reste en surface, qui esquisse tout sans ne rien construire et qui en plus nous somme de ressortir plein d'espoir car (attention SPOILER) les femmes ont eu la promesse d'une tentative d'esquisse de retour sur le marché du travail (oui, la solution passera par le MARCHÉ, c'est acté) et puis elles se retrouvent quand même pas à la rue puisque qu'un autre centre tout blanc tout neuf tout aseptisé s'occupera de tout, puis on a vu en 30 secondes que c'était quand même pas si mal ce centre où on peut prendre sa douche sans devoir attendre...

kirigrap
4
Écrit par

Le 25 janvier 2019

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