Angoissante hétérogénéité

Avis sur Les Lettres de l'angoisse

Avatar Win-Green
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L'annonce de ce projet d'Anthony Pazzona m'avait suscité un sacré questionnement sur sa légitimité, sur ce que pas mal des vidéastes participants étaient capables de faire, de savoir si cela ne va pas se foirer misérablement. Rappelons le principe du projet du tout de thème : reprenant le concept de ABC Of Death (que je ne connaissais pas avant ce projet, comme quoi), on laisse à 26 participants une lettre différente afin de réaliser un segment ne dépassant pas 5min (en réalité 6min, y en a un qui a débordé on lui en voudra pas vu sa qualité).
Le problème de ce genre de concepts est son inévitable rendu hétérogène, et ici on sera très loin de l'éviter pour le meilleur comme pour le pire.
Etant un francilien de service, j'ai fini après réflexion de me retrouver ce samedi 30 octobre dans la fameuse salle du Club de l'étoile, et rien que pour le moment que j'y ai passé et les rencontres faites je ne regrette pas.

Lettre A
On commence d'entrée par un court réussi. Je ne connaissais pas son autrice, ce qui m'a donné pour le coup une bonne surprise. C'est suffisamment simple et maitrisé pour que cela fonctionne vraiment bien. Les effets utilisés fonctionnent très bien et sa finalité semble tout à fait naturelle, signe d'une écriture impeccable.

Lettre B
Il est particulier ce 2e film car j'ai eu le sentiment pendant toute sa durée que le métrage se semblait vouloir jamais choisir entre un ton sérieux et un ton purement comique. Le ton purement comique provenant surtout de l'acting et j'ai eu beaucoup à en saisir l'idée réelle de ce métrage.
Reste qu'en soit le scénario fonctionne, et ça reste encore et toujours le principal

Lettre C
Le 3e court est l'un de mes coup de cœurs. L'un des plus travaillés, également, tant en termes d'écritures que de mise en scène. Le vidéaste nous a concocté un récit sur plusieurs plans, des personnages qui s'emboitent, où la fin est si fine que cela rend le tout fascinant au final. Le jeu de lumières, que j'évoque jamais en temps normal, aide si bien à la compréhension du tout.
L'angoisse ici n'est pas horrifique ici, mais mental, et pourtant c'est l'une des plus belles réussites de ce métrage.

Lettre D
J'en suis profondément désolé mais des 26 segments, c'est celui que j'ai le plus oublié.
Ce n'est jamais bon signe, mais dans le cas de ces Lettres de l'Angoisse, c'est toujours une meilleure réaction que certains courts que j'évoquerai dans la suite de cette petit retour de visionnage. Le N&B y est maitrisé, et ça se tient mais rien de suffisamment marquant pour que j'y aille plus loin sur celui ci.

Lettre E
2nd coup de cœur ici même, pour un film qui se veut clairement comique et c'est réussi.
Je ne connaissais pas le trio auteur de ce court, et je me suis rapidement abonné chez eux, et je suis heureux de les avoir découverts ainsi. Pourquoi vous me direz-vous ? Il se trouve que je suis un gros friand de cinéma d'animation en tout genre, donc me proposer un court en stop-motion c'est s'assurer ma curiosité. Et c'est indéniablement réussi, y a aucun doute là-dessus, on y croit sans problème à cet univers, à sa proposition. Le scénario est tout con, mais ça marche tellement bien. Un petit bonheur.

Lettre F
On arrive au court qui est en réalité un roman photo aux influences lorgnant fortement sur du Godard de ces dernières années, ce qui vous laissera aisément deviner le vidéaste qui nous a pondu cela, d'autant plus qu'il s'y est mis en scène. Le segment m'a tout l'air réussi, mais de base je suis réfractaire à ce genre de propositions, dommage.

Lettre G
On enchaine les difficultés pour moi avec ce court qui fut, et j'en suis désolé, inintéressant à mes yeux. Bien plus un spot du gouvernement qu'un véritable court métrage, j'ai clairement pas passé un bon moment devant. D'autant plus que cela nous donne un enchainement de 2 courts dont toute la proposition fonctionne principalement (voir quasi exclusivement pour la lettre G) par sa voix off, chose qui se pose en barrière en ce qui me concerne.

Lettre H
Réalisé absolument tout seul par son vidéaste, la prouesse est présente nous donnant un rendu impeccable. On pourra ronchonner sur un jeu d'acteur pas très optimal, mais ce serai dommage de ne s'attarder que sur ce point précis. La maitrise de la caméra et des effets pratiques est vraiment impeccable, au service d'un petit récit pas marquant mais maitrisé, et c'est ici le principal.
On notera un N&B teinté de rouge logique et qui fait très bien le job.

Lettre I
La plus grande surprise de ces Lettres. Que ça soit son vidéaste derrière la caméra ou celui qui a accepté ici d'y être mis en scène, je n'aurai absolument pas parié dessus sincèrement. Quelle erreur. Devant la caméra, on a eu le droit au meilleur acting de ces 2h et d'assez loin je trouve, pour un vidéaste sur lequel j'ai beaucoup de grief et qui a ici fermer ma gueule (et qui l'aura réouvert plus tard avec sa réalisation ici aussi).
Tout y est impeccable dans ce métrage, un crescendo vraiment impeccable, des angoisses maitrisés tout en ayant majoritairement un côté comique (la salle ne s'étant pas prié de bien rire devant, moi y compris) pour une révélation que certains comparent déjà à du Black Mirror, et effectivement l'idée est là et maitrisé. Chapeau.

Lettre J
Un court assez sympathique mais qui ne fonctionne quasiment que grâce à son retournement final. Et c'est bien dommage, il y avait de bonne intentions et une réalisation pas mauvaise mais attendre la fin même sur moins de 5min, j'aurai personnellement toujours un peu de mal.

Lettre K
L'un des plus étonnants pour pas mal de raisons. Bien que son vidéaste clame lui-même qui l'a fait un à l'arrache, il fait parti des plus réussi des 26. Déjà bravo d'avoir eu une telle actrice sérieusement j'suis encore étonné, elle est d'ailleurs impeccable dans le rôle. Visuellement c'est un peu cradingue, ça tombe bien c'est une volonté artistique. Mais surtout qu'est-ce que ça fonctionne bien. Une parodie efficace d'un type de films relativement peu présent sur SC pour des raisons évidentes.

Lettre L
Ce court là, c'est celui dont j'avais le plus vu d'images auparavant du fait que les vidéastes en ont clairement parlé à plusieurs reprises (et qu'il a été prime par un jury en Inde, pourquoi pas après tout ^^). Attendu au tournant pour ma part, tant celui du trio derrière la caméra avait pu parlé ici et là de ses projets de réalisateur et cie, il s'avère satisfaisant. Ce court n'est pas clair surtout dans son final qui m'a vraiment perdu, mais ce fut en terme de réalisation pure (hors animation) le plus ambitieux du lot et ça fonctionne vraiment bien.

Lettre M
Très simple comme court, ça passe bien mais on y reviendra pas spécialement.
En vérité je n'ai pas grand chose à en dire, le film se limitant presque à son concept au final.
La mise en scène reste bonne, précisons le tout de même.

Lettre N
J'étais surpris le vidéaste en question apparaitre dans ce projet, mais après tout pourquoi pas.
Mais voilà qu'on tombe sur ma plus grosse déception, j'ai absolument rien compris à cette proposition, rien du tout. Notez que c'est encore un segment qui fonctionne quasi exclusivement par sa voix off, et j'ai déjà indiqué plus haut que ça avait tendance à me gonfler et c'est bien le cas ici. J'ai été totalement perdu ici. Notons que je remets pas en question tout le travail que ce court à nécessité.

Lettre O
D'un extrême à un autre, impossible d'être perdu pour ce court là.
Le court se résume à une situation donné en plan fixe et c'est tout, y a rien de plus et c'est bien dommage. Je comprend la motivation, mais ça s'arrête là pour ma part.

Lettre P
Ce court manque clairement de subtilité vers la fin pour nous amener un discours visiblement féministe qui parait vraiment forcé. C'est très dommageable surtout lorsqu'on a proposition qui commence de manière un peu floue, où on attend avec curiosité la direction que ça va prendre.
C'est pas mauvais, clairement pas, mais un peu plus de finesse aurait été bienvenu.

Lettre Q
Etonnant, ce court là l'est. Pourtant on démarre dans une situation tout à fait banale, mais la véritable idée de cette proposition intervient de suite et parait tellement logique et légitime que j'ai accroché de suite. La fin est bien plus débattable mais pour moi cela fonctionne tout autant et fini de mettre ce court dans le haut du panier à mes yeux.

Lettre R
Double court si je puis-dire, avec son concept bien particulier. Le soucis ici, c'est la crédibilité des actions d'une des 2 protagonistes, à se demander pourquoi elle irai pas au plus simple et logique par moments. Le retournement fonctionne mais un poil too much à mon goût. Ceci dit la double réalisation est vraiment impeccable, surtout que techniquement et logistiquement c'était clairement pas le plus évident à faire.

Lettre S
Concept simple, comme pour la lettre O dommage que ça n'ai pas été plus loin. Cela dit cela fonctionne bien plus grâce à la diversité des environnements parisiens utilisés ici, me permettant d'avoir une certaine réflexion durant son visionnage. C'est pas mal mais ne marquera pas grand monde je pense.

Lettre T
C'est un euphémisme pour celui-là que dire qu'il a été marquant. C'est celui qui aura et sera encore le débattu ici et là, tant la proposition est étonnante. Les propositions de "cinéma" à base de collage j'ai déjà beaucoup de mal, mais alors si en plus il n'y a aucun lien entre les images par moments et aucune transition cela donne un refus catégorique de ma part. Le temps a été très long devant celui-ci et j'ai attendu patiemment la fin de celui-ci.

Lettre U
Court simple et intéressant mais un poil trop étiré à mon goût avant d'arriver à sa conclusion qui remet sur table toute la réflexion de la proposition. Bonne écriture, réalisation plutôt bonne, ça passe vraiment bien, une petite surprise en somme.

Lettre V
Le court le plus drôle avec son concept comico-horrifique tellement maitrisé.
Un de mes coup de cœur également, avec une maitrise du rythme impeccable ce qui est essentiel pour que les effets comiques fonctionnent parfaitement. Je n'attendais rien de son vidéaste, et ça a fini dans mon top, une petite friandise que je partagerai bien rapidement.

Lettre W
Je l'aurai limite parié qu'il y aurai un court autour de ces thématiques, et il est bien présent.
Et c'est franchement pas déplaisant, j'aurai bien voulu que ça aille encore plus loin mais je suppose volontiers que les limitations techniques et financières ont fait que. En l'état cela reste vraiment intéressant, encore une bonne surprise.

Lettre X
Encore un court qui passe bien sans qu'il soit spécifiquement marquant.
L'idée principale du métrage je l'aime vraiment, et ça contraste pas mal avec le reste des segments et quand on arrive dans les derniers c'est d'autant plus appréciable.
Y a une idée, un concept, c'est vraiment tangible et bien foutu, j'apprécie.

Lettre Y
Un bon concept de base, simple mais qui fonctionne.
Reste que la fin est très débattable là encore, je suis toujours pas certain de si c'est une bonne chose ou non, le revoir me permettrai d'affiner cela mais y a quelque chose ici.
Techniquement, c'est bien foutu d'ailleurs et vu son concept ça rend bien.

Lettre Z
Même en mettant de côté les très nombreux griefs que j'ai envers le vidéaste en question, je ne peux pas applaudir ici. Il est extrêmement dommage qu'on termine ces 2h par le moins bon. Pire même, celui qui a effectué le moins de travail et avec une marge d'avance assez importance.
Il a juste reproduit dans un autre contexte ce qu'il fait souvent dans ses vidéos, dans lesquelles cela rend déjà très mal, alors sur grand écran je n'en parle pas…
C'est un énorme gadin à mes yeux pour terminer ces Lettres de l'Angoisse.

Conclusion
Ne terminons tout de même pas de manière négative cette "critique" (si jamais ça en ai une), le projet était vraiment casse gueule et ça a fini par se concrétiser, et rien que pour félicite Pazzona d'avoir su mener tout ça. Encore plus quand on voit la diversité des vidéastes présents (sans déconner, un métrage où ont participé à la fois MJ, Merej, AG, ITP en même temps par exemple, c'était de la science-fiction mdr), techniquement et logistiquement ça n'a pas du être évident du tout. Je réitère en disant que j'ai ai été heureux d'avoir pu assister à cette projection unique sur place, j'y ai passé malgré tout un super moment.

En espérant que personne ayant y participé ne prendra mal les critiques possiblement négatives que j'ai formulé ici, ce n'est clairement pas volonté ici

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