Film coup de poing sur fond de réalité insoutenable

Avis sur Les Misérables

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Mardi 22 octobre - Avant Première en présence de l'équipe du film

Avec Les Misérables, Ladj Ly nous livre une œuvre intimiste au sein de sa banlieue et d'une activité qu'il a lui même pratiqué: le Cop Watch. L'artiste est engagé: il a récemment créé une école de cinéma gratuite accessible à tous. C'est beau de le voir parler avec passion d'aider les autres. Il connait sa chance d'avoir réussi à s'en sortir et souhaite à son tour aider son prochain. On sent qu'il s'agit de quelqu'un de constructif. Il nous fait d'ailleurs part de son prochain projet: un biopic sur la vie de Claude Dilain, ancien maire de Clichy-sous-Bois, mort en 2015 qui s'est lui-même battu pour améliorer les conditions de vie dans sa commune.

Au travers de son film, il nous dit vouloir avant tout transmettre un message d'espoir, à l'image de son final. Les acteurs principaux nous font part de leur immersion dans la cité dans laquelle ils ont été accueilli à bras ouverts. "Ça nous a clairement aidé à se glisser dans la peau des personnages". D'autres, sont directement des autochtones. Voilà pourquoi l’œuvre qu'on nous livre transpire la réalité.

L'immersion est totale dès les premiers instants que le réalisateur a choisi particulièrement joyeux: la victoire lors de la dernière coupe du monde de football. La France entière vibre, la jeunesse est en ébullition, c'est la communion d'un peuple autour d'un évènement sportif de grande ampleur. La France Black Blanc Beur est de retour 20 ans après.

Petit coup d’ascenseur émotionnel, l'ascenseur social étant en panne de son côté, la vie reprend son cours ensuite dans la banlieue.

Le long-métrage s'évertue à nous faire découvrir les dessous de la BAC d'un côté et la cité de l'autre.
Chacun présente des points de vue, des qualités et des défauts. Le film ne prend volontairement pas position et ne tombe pas dans la facilité de nous servir des caricatures.

Le décor est planté petit à petit. On nous emmène un peu partout tantôt en suivant le trio de flics, tantôt les banlieusards, tantôt le drone d'un gamin qui élargit nos horizons tout en restant coupé du monde.

Les plans sont magnifiques.
Les situations, les acteurs, les dialogues sont tellement crédibles qu'on ne se pose pas la question de la crédibilité.

On ressent la tension du quotidien, assis sur un baril de poudre à canon.
Il n'y a qu'une mèche à allumer pour que le fragile équilibre ne nous pète à la gueule.
On y est. On y vit avec eux.
...
...
Et c'est clairement la misère.
...
...
Prends-toi un "Voilà comment ça se passe ici" dans la tronche et encaisse parce que ça, ce n'est que l'introduction!

L'évènement déclencheur arrive irrémédiablement lors d'un débordement. Un Bacqueux merde et c'est la bavure, le tout, filmé par le drone d'un gamin timide du coin.

A partir de ce moment-là, la tension qui était déjà palpable jusqu'ici devient omnisciente, omniprésente et omnipotente!! Tu la respires, tu la vois, tu l'entends, tu la ressens dans chaque cellule de ton corps. Les mains crispées au siège, tu entends Madame qui ne peut s'empêcher de réprimer un cri de détresse et tu ne retiens tes larmes que du fait d'un suspense incommensurable renforcé à coup de vérités crues: "si on éteint pas la mèche, ça va péter. Et après? Tu te souviens de 2005? De toutes façons, on ne reconstruira pas". Qui écoutera-t-on? Les rivalités d'un côté, les conflits de l'autre, le bon sens, la voix/voie de la raison??
Et à côté de ça, la situation de la victime directe absolument indignante et insoutenable.

Critique sans spoil oblige, je ne pourrais commenter la conclusion si ce n'est en disant qu'elle est réalisée d'une main de maître!

Au delà de son réalisme, ce qui révolte le plus dans ce film, c'est la recherche vaine de coupable. Certains se révolteront contre les "connards de keufs", d'autres contre "la racaille". Ceux-là, n'ont rien compris au film.

Retour brutal aux sources:
"Mes amis, retenez ceci, il n'y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n'y a que de mauvais cultivateurs."
Victor Hugo, Les Misérables

L'ennemi invisible, c'est l'institution.

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