Il était une fois dans le 9.3

Avis sur Les Misérables

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Le festival de Cannes a toujours eu la fâcheuse tendance d’encenser un peu trop vite les œuvres dites engagées quitte à faire passer le message devant les qualités purement cinématographiques. Une attitude bourgeoise typique de nos sociétés occidentales où des révolutionnaires de salon vont célébrer une œuvre dénonçant des inégalités dont ils sont les premiers bénéficiaires afin de s’acheter une conscience et du crédit à peu de frais…
Bref, il y avait de quoi se méfier de la hype internationale autour du premier film de Ladj Ly malgré la réputation solide de ce dernier en tant que vidéaste et son implication dans le collectif Kourtrajmé.

Toutefois, ces inquiétudes sont balayées dès les premières minutes qui font l’étalage des immenses qualités formelles du métrage. En effet, Ly s’impose d’entrée de jeu comme un des rares représentants Français d’un cinéma visuel où les images sont les vecteurs du message : dans Les Misérables il y a peu ou pas de didactisme ni de dialogues explicatifs (à l’exception d’une discussion un peu lourde entre un islamiste et un flic) et la charge politique se trouve dans une mise en scène percutante.
Le cinéaste filme se territoire perdu de la république qu’il connait comme sa poche en adoptant une approche entre le documentaire caméra à l’épaule et le pur film de genre (un final épique et violent très Carpentérien).
Cet équilibre fonctionne parfaitement et permet d’installer une tension étouffante qui sert le propos et qui ne faiblit jamais.
Ainsi, les Misérables fait parfois penser à une version ultra-réaliste Training Day où encore à la mythique série The Shield. A ce titre, impossible de ne pas louer les immenses qualités d’écriture d’une œuvre qui jusqu’au bout refuse le manichéisme dont n’ont pas manqué de l’accuser les néo-réacs et la « fachosphère ».

Les Misérables ce n’est pas gentils jeunes contre méchants flics racistes (les figures d’autorités ambiguës ne s’y résument d’ailleurs pas qu’à la Police...) et le film jette un regard crû et décomplexé sur la réalité sociologique de deux camps condamnés à s’affronter perpétuellement mais qui font au final parti du même groupe : celui des laissés pour compte d’une société en crise.
La caractérisation des personnages est à l’avenant et chaque protagoniste se révèle plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord (voir le traitement couillu des Frères Musulmans qui risque de faire parler mais qui témoigne d’un phénomène bien réel…) à l’exception du flic campé par l’excellent Damien Bonnard dont on pourra questionner l’utilité (il incarne la morale et son traitement est un peu trop conventionnel).
Enfin, le constat social effrayant dressé par le film n’a rien de nouveau (cela fait plus de 30 ans que des personnalités de la société civile, des politiques et des sociologues dénoncent la situation des Banlieues…) mais Ladj Ly parvient à l’illustrer en se reposant sur la force de ses images et sur un décor qui parle de lui-même. Ainsi, il nous montre la débrouille et la survie au détour d’un plan ou d’un dialogue mais aussi l’habitat dégradé dont il utilise brillamment la cinégénie et l’architecture pour les besoins de l’action.

Non content d’être un OVNI dans le paysage cinématographique Français, les Misérables est aussi un film politique juste, puissant et qui n’oublie pas de faire du cinéma. D’aucuns dont je fais partie, le trouveront peut-être même plus indispensable que le cultissime la Haine dont la mise en scène spectaculaire prenait un peu trop le pas sur le propos et les personnages.

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