Zombie le Grec

Avis sur Les Morts-vivants

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Au début, un couple propret se balade à Haïti, en pleine nuit, dans une carriole. Lui est brun et a l'air d'un con. Elle est blonde et fait illusion parce-que son modèle est peu commun sur l'île. Mais c'est un leurre. Elle est moche.

Au détour du chemin, ils tombent sur des autochtones qui creusent des trous dans la route au son de chants lugubres. Leur cocher s'arrête, les regarde avec insistance, comme pour dire : «Faites chier !».
Le couple, qui se rend à son mariage organisé par un type qui crèche sur l'île et qui s'appelle Beaumont, est bien embêté et signifie au postillon de s'activer. Le mec dit que c'est un enterrement alors vos gueules.
Le couple ferme sa gueule.

Un type, de type étrange vu que c'est Bela Lugosi avec une barbichette en deux parties et de gros yeux hypodermiques, en profite pour chaparder le foulard accroché au cou de la jeune femme qui a laissé sa vitre ouverte.
Ni une, ni deux, il le glisse dans son slip.
(On se dit que les coutumes du coin ressemblent quand même pas mal aux nôtres)

Effrayé par des bonshommes aux yeux exorbités (mais presque) qui descendent la colline bordant cette route décidément fort prisée de la population, le cocher fouette la croupe de son canasson en hurlant « Zombies ! Zombies ! » et passe, cahin-caha, la chaussée déformée.
On se dit qu'il parle la langue mais que c'est pas une lumière. C'était juste des bonshommes aux yeux exorbités (mais presque) qui descendent le flanc d'une colline. Mais bon, tout le monde a le droit de faire des erreurs, la vie, vois-tu est une salope de joueuse, qui aime à nous jeter au hasard comme si on était des dés, et comme si tout ça n'était pas pipé.
Mais je m'égare...

En arrivant chez Beaumont, le mec (on va l'appeler «l'aut'con») engueule le cocher à coups de «Vas-y, fils de pute, tu conduis très mal, tu as failli nous tuer! Ça se fait pas! Et puis, tu me dis pas "ta gueule"! »
Le cocher se démonte pas et explique à l'aut'con qu'ils l'ont échappé belle, en fait, car ces gens, qu'un connard d'Américain prendrait pour quelques belles âmes en goguettes sur les flancs peu escarpés d'une accueillante petite colline, sont des morts. Mais vivants.
«Des morts-vivants, quoi ?» relève l'aut'con qui, sur le coup, porte mal son nom.

Mais quand même, il n'en mène pas large, l'aut'con, et il le fait savoir en adoptant une moue étroite.

Fort heureusement, l'aut'con et sa dame, qui, on l'apprend, en plus d'être moche, s'appelle Madeleine, croisent un vieux monsieur civilisé.
On le sait vite car il fume la pipe et porte, sur sa ganache plutôt joviale, un chapeau de portugais.
L'aut'con, qu'a confiance dans les vieux qu'ont un goût sûr pour les couvre-chefs, lui touche deux mots à propos de ces histoires de zazou. Le pompeur prend un air dubitatif. Mais presque.
Le vieux est étonné qu'on puisse croire pareille connerie mais il en a entendu d'autres : à ses moments perdus, il fait un peu cureton.

C'est à ce moment précis qu'on se dit que si ça continue comme ça, on ne va nulle part ailleurs que décrocher les étoiles...

Comme ils sont en avance, le majordome, qui a l'air suce-pisseux, les fait patienter dans un salon et va prévenir Beaumont que voilà quoi, ça serait judicieux de passer un slibart.
Beaumont, il est tranquille, assis sur son bureau à penser à on sait pas trop quelle connerie et à boire dans un verre tellement minuscule qu'il faudrait se resservir mille fois pour étancher la pépie d'un vrai homme.

Comme c'est le genre de mec à écouter les conseils avisés mais qui sentent pas la rose des majordomes suces-pisseux, il passe un pantalon d'équitation car, comme tout un chacun, il trouve que ça l’amincit. Après avoir contemplé son reflet avantageux dans le miroir, il file claquer la bise aux invités.

Le mec, hétérosexuel de son état, s'attarde évidemment sur Madeleine même si nous la trouvons, ne le cachons pas, du genre lit-vide ( si tu vois le message qu'on essaie de faire passer avec cette finesse qui nous caractérise).

Le Beaumont lui lâche pas la menotte qu'il vient de lécher avec l'abondance des gens qu'ont trop de salive, au point que nous et l'aut'con, on est gêné. À l'époque, lécher une main de la sorte, dans certains états d'Amérique Latrine, c'était plus puni que la sodomie.
Je sais pas si tu vois ?
Du coup, l'aut'con, pour bien marquer son mécontentement, croise les bras sur sa poitrine, comme ça, bien haut, pour que ça n'échappe à personne.

Beaumont leur demande si le trajet s'est bien passé en dévorant la Madeleine des yeux et l'aut'con lui répond que non mais c'est pas une raison pour enculer les gens. Surtout la future mariée de quelqu'un d'autre.
Beaumont plante son regard dans le sien en claquant des talons et lui dit que nonmédidon, comment tu parles alors qu'il y a une femme dans l'assistance. Il le toise du haut de son mètre et septante centimètres. Ce qui était une taille acceptable, jadis.

On sent la tension. On dirait un pet d'après couscous... elle est palpable.

Vieille Pipe toussote pour faire retomber tout ça. Et ça marche. Un peu comme la vie quoi, on a tous droit à une deuxième chance.
Beaumont dit qu'il passe l'éponge pour cette fois mais qu'il fallait pas le chauffer.
Sauf Madeleine.
Il dit à tout le monde qu'il n'a pas le temps là, il doit aller voir un pote, alors ça serait bien qu'il lui lâche un peu la grappe.
Sauf Madeleine.

On se dit que c'est dommage, il est plus là, Bela Lugosi, quand, magie du Septième Art, on le retrouve avec Beaumont en train de tailler le bout de gras!
Là, on réalise que c'est le fameux pote que le nain citait plus haut. On se dit qu'avec des potes comme ça, t'as intérêt à aimer les cercueils.
Beaumont lui dit qu'il est amoureux de Madeleine, qu'elle va se marier avec l'aut'con, qu'il faut qu'il l'aide.
Lugosi lui dit qu'il est hors de question qu'il partage son foulard, gagné de haute lutte et d'ailleurs, il doute que Beaumont ait le nez assez fin pour déceler la désormais rare fragrance de Madeleine maintenant que l'étoffe a séjourné dans son slip.
Et on le croit.
Cependant, il lui propose autre chose, mais comme il a l'impression d'être filmé, Lugosi le lui murmure à l'oreille. Pas folle, le Grec.

Beaumont dit « Non! Nooooooooon, pas ça ! »

« C'est la seule solution, Beaumont, on voit bien que cette femme n'aime pas les hommes de petite talle » lui répond Lugosi.

« Mais je ne suis pas petit. »

« Si, tu es petit. »

« Mais pas du tout. »

« Si. N'est-ce pas les gars, qu'il est petit ? » demande Lugosi à l'adresse de quelques ouvriers qui jettent dans un moulin de la canne à sucre à concasser. C'est un moment très beau, des mecs qui travaillent de nuit, sans rechigner, sans compter leurs heures et ça, avec le sourire. Pierre Gattaz et moi, on a beaucoup aimé.

« Houuuuuuuuuuu ! Grmpffffffh » répondent-ils en chœur.

« Tu vois! T'es petit, t'es petit. Il n'y a pas de honte. Regarde, moi, je suis Hongrois et non pas Grec comme le pensent les connards. Et je me porte très bien. Bon, je ne vais pas te mentir, c'est pas tous les jours facile. Des fois, les blagues sur les boiteux, t'en as un peu ras la casquette, mais je reste fier»

« Bon bah d'accord » répond, tout bien réfléchi, Beaumont.

Lugosi qui, jusque là, avait un regard de chinois, comme s'il se foutait de ta gueule, fait les gros yeux. On se dit que, quand même, à l'époque, c'était chaud, les effets spéciaux.

Il conseille à Beaumont d'en mettre sur une fleur ou dans un verre de vin.

« De quoi ? » demande Beaumont.

« De ça ! » répond Lugosi en lui tendant un petit flacon.

« C'est quoi ? »

« T'occupe ! » le tacle sèchement le Grec.

Plus tard, Beaumont fait sentir une rose à la Madeleine pendant qu'il la mène à l'autel. Elle est toute contente. Elle aime bien les roses, même si celle-là sent le Hongrois. Elle ignore qu'elle se dirige vers son trépas.

Lors du repas de noces, Madeleine a le bon goût de décéder dans les bras de l'aut'con.
Il est tellement malheureux qu'il va boire des coups dans un bar où un couple danse sur un mur, en ombre chinoise.
C'est très triste, tu te sens mélancolique comme un supporter de l'Olympique de Marseille un jour de ventes aux enchères et que le seul acheteur est algérien.
Il est tellement rond qu'il décide d'aller au cimetière, pour pisser sur les tombes et là, il se rend compte que le cercueil de sa bien-aimée n'est plus dans son caveau!

Après, ça s'accélère!

On retrouve Madeleine avec Beaumont, pas peu fier. Elle joue du piano plutôt bien pour une morte.
Mais elle ignore le nain encore plus que quand elle était vivante.
Quand se pointe le Grec, à sa façon de le rejoindre comme s'il avait une laisse invisible, on sent que Madeleine aime la Feta.
Lugosi, pour se faire pardonner, les femmes, ça va, ça vient, propose à Beaumont de boire un verre de vin, et le nain se méfie pas mais le Grec est fourbe, tout le monde le sait, il a mis de sa poudre de perlimpimpin dans la coupette et l'autre finit sous sa coupe.
Beaumont fait une moue décontenancée.

On retrouve l'autre con qui a tout raconté au vieux. Le vieux porte un chapeau de femme, mais ça passe.
Il parle avec un autochtone qui trône sur un âne et qui semble puer de la gueule comme un tigre et qui lui dit, grosso modo, je résume hein, qu'il y a un Grec installé plus loin qui fait des sandwichs pas catholiques.

D'un commun accord, ils décident de bivouaquer en contrebas de la sandwicherie. L'aut'con décide de ronquer un moment, alors le vieux part en éclaireur.
Ou va pisser, je ne sais plus.
L'autre se réveille et croit apercevoir Madeleine. Du coup, il profite que Lugosi est occupé à sculpter une statue en forme de nain pour se faufiler dans le commerce. Là, le grec le repère et par télépathie, car la personne l'est, il fait venir Madeleine pour qu'elle poignarde le pauvre l'aut'con.
On se dit qu'il n'a quand même pas de chance, ce con.

Mais c'était compter sans l'amour et sa force que même les frontières peuvent pas stopper, alors la mort, tu imagines ?
Après, alors que l'aut'con est assiégé par une horde de travailleurs enragés, le vieux qu'était parti pisser (en fait) arrive en loucedé et assène un violent coup de vieux sur la tête du Grec qui, s'évanouit comme s'évanouissent les femmes à mon passage.
De dépit, les ouvriers se jettent dans le vide, du haut de la falaise. Sans patron, leur mort n'a plus de sens.

Lugosi, qu'était juste évanoui, mais ça, des ouvriers peuvent pas le savoir, reprend connaissance et jette une boule puante en direction des deux enfoirés que ça incommode considérablement.
C'est à ce moment que Beaumont qu'était en instance de mortification, se pointe et, dans un geste qu'on n'hésitera pas à qualifier de rédempteur, pousse le Grec dans le vide et se propose même de l'accompagner.
Lugosi tombe en hurlant « Vive la Hongrie! »

Et comme le Grec est mort, Madeleine retrouve des couleurs et, c'est la fin.

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