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Avis sur Les Nerfs à vif

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Certains cinéphiles connaissent la petite série B des années 60 réalisée par Jack Lee Thompson : un film finalement bien consensuel, sans grand caractère, édulcoré pour ainsi dire.

Près de trente ans après Martin Scorsese donne sa vision de Cape Fear dans un remake paroxystique, reprenant la même trame narrative que celle de l'original tout en y ajoutant ses obsessions cinéphiles, littéraires et philosophiques avec un sens du mauvais goût particulièrement fascinant. Le cinéaste sort du succès d'estime du grand Goodfellas et reprend le projet prévu pour être réalisé initialement par Steven Spielberg... Ce sera Cape Fear, thriller psychologique de tous les excès et finalement assez incongru dans une filmographie fortement étrangère à l'outrance et à la vulgarité.

Scorsese rend pourtant un hommage étonnant à la série B de Jack Lee Thompson, gardant les deux acteurs principaux pour deux petites apparitions significatives et la superbe composition du regretté Bernard Herrmann ; pourtant le cinéaste parvient totalement à s'approprier cette sombre histoire de trahison et de malveillance, livrant au final un exercice de style tout à fait personnel. Le montage de Thelma Shoonmaker, volontairement nerveux et démonstratif, appuyant et surlignant parfois ce qui est proposé à l'image, n'évite pas toujours les maladresses et la lumière de Freddie Francis, à la fois criarde et pittoresque, donne à ce suspense tonitruant des allures de fable irréaliste. Pour leur septième collaboration Scorsese et Robert De Niro défendent un personnage plus machiavélique que jamais, au potentiel d'ubiquité pas mal inquiétant, terrorisant la famille de son ancien avocat qu'il juge proprement déloyal : cabotin mais jubilatoire le Max Cady joué par De Niro est aussi l'occasion pour Martin Scorsese de livrer une relecture à la fois provocante et passionnante de la Sainte Bible... A la croisée des genres et des influences Cape Fear version 1991 est un film d'accumulations, assumant parfaitement ses grossièretés et son emphase permanente. Le film est à la fois prenant, déroutant et ampoulé, jouant de sa dimension cultuelle et culturelle avec une franche générosité !

Quelques mots sur la célèbre scène d'Art dramatique réunissant Juliette Lewis et Robert De Niro, véritable point d'orgue s'imposant doucereusement et pernicieusement comme un cas d'expérience limite, revisitant la littérature de Miller et de son sidérant Sexus avec en apothéose un plan suggestif sur un pouce pris au piège par l'adolescente délurée jouée par Lewis. Amorale voire immorale cette longue séquence permet à Scorsese de mettre en avant toute la complexité psychologique de ses personnages et d'évoquer le tumulte introspectif de la puberté de la jeune Danielle. De Niro, pervers et charmeur, est impeccable de malfaisance, et le découpage technique de la scène ne l'est pas moins. Un très grand film, bien plus nuancé qu'il n'en a l'air dans son habillage formel, à voir absolument.

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