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Le démon de la perversité

Avis sur Les Nerfs à vif

Avatar Ugly
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Considéré comme un petit Scorsese dans la filmo du grand réalisateur, parce que le projet initié par Spielberg a finalement échoué à Marty, ce remake du Cape Fear de 1962, thriller où Robert Mitchum était déjà terrifiant, est malgré tout excellent. On a reproché en effet à Scorsese de faire du commercial (c'était son premier gros succès), et alors ? Ce film est une réussite, cette version moderne à haute tension, plus sexuelle, plus sombre, est d'une incontestable virtuosité grâce à la mise en scène au couteau de Scorsese, à la progression étouffante et inexorable, à la musique pesante et amplifiée de Bernard Herrmann qui vous scie les nerfs, et à la composition de De Niro en taulard tatoué, vengeur et démoniaque ; on l'a rarement vu aussi déjanté à l'écran, il réussit si bien dans ce registre qu'il éclipse presque ses partenaires, Nolte et Lange étant tout de même remarquables en couple traqué. Comme une hyène insatiable, Max Cady le maléfique rôde autour de sa victime et attend son heure ; Scorsese plonge le spectateur dans l'angoisse jusqu'à l'agonie, en faisant trembler devant un génie schizophrène qui affaiblit sa victime par saturation en lui laissant deviner par petites touches son dessein diabolique.
Certes, De Niro a dû se faire plaisir à tourner ce film sous la direction de son réalisateur fétiche, il cabotine sans retenue, mais on marche parce que c'est du grand art, le film est davantage qu'un simple remake, davantage qu'un simple thriller (le premier tourné par Scorsese), le réalisateur en respecte les codes, sa mise en scène est haletante, sans faille, les plans judicieux, l'ambiance malsaine, et Scorsese rend hommage à la première version en offrant à ses interprètes Robert Mitchum (rôle du détective), Gregory Peck et Martin Balsam de petits rôles en forme de clin d'oeil. Il apporte aussi quelques modifications par rapport à l'original : le couple menacé n'est plus un couple idéal mais un couple au bord de la rupture, leur fille découvre sa libido, l'avocat Sam Bowden a mal défendu son client, en falsifiant des preuves qui auraient pu l'innocenter, le gars n'est donc pas tout blanc, quant au personnage de Max Cady, il a fait non plus 8 ans mais 14 ans de taule, et il est plus complexe, plus séduisant, il fait peur, il joue, sous la caméra de Scorsese, il devient un ange du mal, un démon de la perversité. Du coup, le film est plus violent, et la peur plus présente, Scorsese joue avec les nerfs du spectateur. On peut lui reprocher une séquence finale un peu grandiloquente, qui vire presque au film d'épouvante grand guignolesque, et qui se veut avant tout efficace, mais si on se laisse prendre au piège de ce psycho-thriller, on en ressort étrillé, essoré, vidé mais ravi... En plus, le film s'intègre parfaitement dans l'univers de Scorsese.

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