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Vive le multiculturalisme, à bas le pouvoir !

Les Parias est un sapin au milieu de la forêt des teen movies. Il en reprend parfaitement les codes et les ressort les uns après les autres sans vergogne, le public étant systématiquement au rendez-vous. On retrouve donc parmi les inévitables du genre : voix off au début du film présentant de manière simple le contexte de l'intrigue, puisqu'il est bien plus simple de l'exposer explicitement en quelques phrases plutôt que de laisser le spectateur faire un effort pour s'en imprégner et entrer de lui-même dans l'histoire. De la même manière, les personnages sont caricaturaux. Cette même voix off les fait rentrer dans des cases qu'on retrouve dans les films du genre :
- Mindy est une petite geek joviale qui porte des tee-shirts avec les décimales de pi. Elle n'est pas très jolie, ne côtoie pas les garçons, est une intello et veut intégrer le MIT. Elle est pétillante, un peu gauche et de bonne volonté.
- Jodi (parce qu'il faut que ça rime avec Mindy) est sa meilleure amie, garçon manquée, au tempérament coriace, qui n'hésite pas à envoyer bouler son interlocuteur quand Mindy aurait tendance à lui faire un grand sourire jaune. Les deux s'adorent et sont inséparables.
- Elles subissent les moqueries de Whitney et son acolyte (ou esclave) Mackenzie. Whitney est la bonasse blonde, entourée des mecs les mieux foutus du lycée. Elle semble riche, elle est populaire, a l'air dévastateur, veuve noire qui est prête à tout pour conserver son statut de reine du lycée. Elle tire d'ailleurs son savoir d'une bible listant toutes les règles à suivre pour conserver ou conquérir le pouvoir.
- Elle les partage avec Mackenzie, son acolyte toute aussi blonde dont le seul rêve est de devenir reine du lycée quand Whitney sera partie, gentille esclave aux ordres de sa supérieure qui prend les commandes des élèves qui veulent s'approcher de la célébrissime Whitney.

Seulement, Mindy et Jodi ont subi l'affront de trop de la part de Whitney et ses sbires. Alors qu'elles en avaient assez des rapports agonistiques qui les lient avec la belle blonde, elles ont décidé de devenir son amie, ont été invitées à une soirée dans la magnifique maison de 300 mètres carrés d'un des membres du groupe des populaires, mais ont été tournées en ridicule devant la centaine d'invités qui se trouvaient-là : Whitney avait préparé une vidéo ridiculisant Jodi pour leur montrer que ne la fréquente qui veut.

Désireuses de se venger, Mindy et Jodi ont décidé de renverser l'ordre établi par cette riche caste populaire qui instaure au climat de peur dans le lycée afin de conserver son statut (vous le voyez venir....). Elles décident donc de réunir tous les mal aimés du lycée, la majorité silencieuse qui n'a pas que ça à faire que de s'opposer au dictât de ceux qui ont le pouvoir (oui... ça sent....). Elles parviennent alors à réunir autours d'elles une afro-anarchiste de 100 kilos, une asiatique lesbienne dont l'esprit semble traversé par l'autoroute du vide, et une retraité de la politique au sein du lycée dépressive et psychopathe qui vit en autarcie après avoir perdu des élections malgré tous ses efforts contre un gay refoulé qui s'amusait juste à montrer ses pectoraux aux filles (AHHHH, ça sent bien le prolétariat multiculturaliste).

Nos protagonistes vont donc recruter parmi les oubliés du lycée pour faire leur révolution. Un geek fan de Science-fiction va rejoindre le groupe ainsi qu'un fan de Fantasy qui devront mettre leurs désaccords de côté pour organiser LA révolution, ultime symbole de lutte contre le pouvoir détenu par une élite de nantis et qui prendra la forme impitoyable d'une... soirée. Oui la révolution est une révolution contre la popularité de la caste supérieure, et cette fête va être une réussite, puisque même dans le clan des "populaires" les moins zélés préfèrent aller s'amuser auprès des nouvelles coqueluches ! S'en est trop pour Whitney, qui va dénoncer Mindy auprès du directeur car elle a enfreint certaines règles lors de la soirée... C'est terrible pour la petite geek, d'autant que son amitié avec Judi bas de l'aile, celle-ci s'étant rapprochée du ténébreux Dave. En plus et car dans ces films les malheurs ne viennent jamais seuls, elle apprend qu'elle sur liste d'attente pour le MIT alors que Judi a été prise dans l'école de ses rêves.

Esseulée, Mindy ne veut plus respecter les règles et va continuer sa révolution prolétarienne et fait passer sur tous les écrans du lycée la vérité du Whitney. Celle-ci n'est ni riche, ni n'habite dans une belle maison, son père est jardinier. Cette acte déloyal sonne le glas de l'amitié entre Mindy et Judi, qui vient lui montrer qu'à vouloir lutter contre le pouvoir, elle est devenue comme celles qui le détenaient jusqu'alors.

Mais avoir détruit Whitney ne suffit plus à Mindy. Elle prépare pour le bal de fin d'année son coup d'éclat : elle a conçu un gaz qui pousse les gens à déclarer ce qu'ils ont sur le cœur pour qu'enfin l'hypocrisie disparaisse. Judi va même jusqu'à s'allier à Whitney pour éviter le pire et arrêter Mindy. Les deux anciennes meilleures amies se battent, puis Mindy finit... en taule pendant une scène avant de sortir, de se faire sermonner par son professeur puis d'apprendre qu'elle est prise au MIT. Elle s'en va alors renouer contact auprès de Judi qui lui pardonne tout, le pouvoir de l'amitié étant ce qu'il est, car l'amour est plus fort que la haine (rires).

Les Parias auraient pu être un teen movie "classique", niais mais candide mais il souffre d'une idéologie omniprésente : le lycée n'est qu'un prétexte pour populariser l'idéologie de gauche en vogue actuellement. Autant dire que le film aurait toute sa place pour les oscars avec les critères mis en place. Les minorités sont toutes représentées : on trouve des gros, des moins gros, des geeks, des lesbiennes, des gays, des asiatiques, des africains, des blancs.

C'est le multiculturalisme fantasmé, où toutes les différences s'éclipsent pour se focaliser sur le seul véritable problème : celui des riches et populaires (les beaux blonds) qui écrasent ce qui ne le sont pas. Evidemment le film souffre des défauts de cette idéologie : il fantasme les différences entre les individus qui n'en sont pas vraiment puisque tout est pétri d'une culture dominante auxquelles les différences se soumettent.

Alors certes, le film semble montrer les travers d'une telle révolution puisqu'elle échoue et que celle qui la dirige devient la nouvelle dictatrice. d'ailleurs après son passage au mitard, les anciens groupes se sont reconstitués : les gothiques avec les gothiques, les geeks avec les geeks. Alors, l'identité des individus serait plus importante que leur classe sociale ? Pas de réponse. La morale se trouve ailleurs : peu importe où qu'on aille, il y aura toujours des privilégiés, des idiots : ce qui compte est ceux qui nous entourent, ceux qu'on choisit vraiment. Merci captain obvious pour cette morale jamais entendue jusque-là.

Pourtant répondre au grand problème soulevé par le film (peut être malgré lui) est essentiel. Malgré l'échec de la révolution mise en place par Mindy, le film ne remet à aucun moment en cause l'idéologie de gauche : les minorités sont toutes représentées, se respectent et parviennent à mettre de côtés leurs différences pour œuvrer contre le pouvoir despotique des privilégiés. Cette alliance des minorités est fantasmée mais pourtant le constat est amusant puisqu' in fine, les groupes d'origines se reforment. Alors, critique sournoise du multiculturalisme voué à l'échec ou endoctrinement de la jeunesse à l'idéologie dominante ? On penchera plutôt vers cette deuxième option : malgré l'échec de la révolte, tout est mis en oeuvre pour montrer les côtés positifs de l'idéologie multiculturaliste. Cet avis est corroboré par le fait que ce film est voué à être regardé par un public adolescent, dont l'esprit critique est fortement limité et qui ne déduira pas de l'échec de Mindy une critique du féminisme ou du multiculturalisme.

Enfin, en faisant état de l'échec de la révolution menée par Mindy, le film montre à quel point le pouvoir corrompt celui qui le possède. Il rend mauvais comme Whitney et Mindy lorsqu'elle y a goûté. Ce qui est amusant, c'est que le fait que deux femmes en fassent une mauvaise utilisation donnerait raison un certain éditorialiste français selon lequel les femmes n'incarnent pas le pouvoir. Mais là encore, tirer cette conclusion du film serait le dénaturer. La morale est clairement donnée par le professeur et philosophe de l'histoire. Ce qui compte, c'est les amis : va Mindy, court retrouver Judi : et toi, spectatrice candide, regarde 1h30 d'endoctrinement.

Roro-blochon
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il y a plus d’un an

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Roro-blochon
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