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Les Petites Marguerites par Gérard Rocher

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Une jeune fille blonde, l'autre brune, voici les deux sœurs Marie I et Marie II vivant en Tchécoslovaquie et se disant dépravées. Elles décident brusquement de vivre leur vie de manière provocante, égoïste et malhonnête dans une société qu'elles jugent autant sinon plus dépravée qu'elles. La provocation publique ou non va devenir leur maître mot.

A la vérité les deux petites frangines s'ennuient ferme dans ce monde sclérosé qu'elles jugent sans espoir. La révolte éclate aussi vite qu'un éclair et les voilà s'animant à l'identique de la société qui les a jusque là serrées comme un carcan. Est-ce les premiers signes du féminisme? Peut-être... Elles draguent et escroquent les vieux beaux plein de fric qu'elles rencontrent, elles détruisent et cassent tout ce qui leur paraît fastueux, elles se bourrent de nourriture puis la piétinent, la malaxent de la manière la plus écoeurante qui soit. Nos deux petites Marie éprises de liberté se lâchent de la façon la plus révoltante possible. Toutefois cet esprit extrême de révolte n'est-il pas justifié car moins révoltant que ce que leur offre leur univers socialiste qui n'en a que le nom ? En tout cas les gazouillements, les petits cris, les rires et les sautillements des sœurs Marie n'évitent pas leur mal être. Après cet énorme désordre, après ce paroxysme, les jeunes femmes vont symboliquement remettre grossièrement en ordre la casse qu'elles ont commise. Est-ce le signe d'un retour à une certaine sérénité? Est-ce le symbole de la future arrivée, malheureusement très brève, du président Dubcek avec le "socialisme à visage humain » qui provoquent une telle réaction ? Ce sera à vous de juger cette nouvelle et surprenante réaction.

La jeune réalisatrice Vera Chytilova ne peut cacher son engagement politique et sa lutte en faveur du féminisme au travers de cette œuvre. Dès le générique nous entrons dans un monde glauque oscillant entre le noir et blanc d'une sinistre machine équipée d'une bielle et de scènes en couleurs se rapportant à la guerre. Le rideau peut alors se lever sur ces deux jeunes filles rongées par l'ennui. Il est certains que si les différentes séquences de ce film ne se coordonnent pas vraiment et restent très abstraites, il n'en demeure pas moins qu'un message de liberté, de féminisme nous est envoyé. Détruire est leur jeu pour créer une société meilleure. Ce film interprété par deux étonnantes héroïnes franchement lumineuses, Jitka Cerhova dans le personnage de Marie I et Ivana Karbanova dans celui de Marie II, fut bien sûr interdit dans les pays concernés par cette situation, preuve que Vera Chytilova a frappé juste. De plus cette réalisation déroutante nous propulse du désastre au rêve. Ne fait-elle pas un peu référence au mouvement hippie, l'une de nos chipies arborant une couronne de fleurs sur la tête et en projetant à plusieurs reprises des images fleuries? La cinéaste qui mêle avec tact les passages de la couleur au noir et blanc voire au monochrome et le style un peu désordonné contribuent au renouveau du cinéma Tchécoslovaque, lui donnant un ton "nouvelle vague". Le" Printemps de Prague" n'est pas loin. Le film obtint en France un certain succès dans les trop rares salles où il fut distribué. Mai 68 n'est pas très loin non plus!

Ce film est une curiosité malheureusement pas vraiment connue du grand public et c'est franchement dommage! Je vous encourage vraiment à vous intéresser à cette œuvre parue en DVD, en V.O. Ainsi vous apprécierez certainement cette réalisation insolite que l'on baptise "Le film mythique du Printemps de Prague".

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