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Les Poupées par Mickaël Barbato

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Les films horrifiques ayant comme sujet la poupée sont si nombreux qu'on pourrait créer un sous-genre bien défini à cet effet. La saga Chucky, Blood Dolls, Puppet Master ou le récent et mésestimé Dead Silence, tous sont, bien sûr, prétextes à jouer d'une figure sensée rassurer... pour mieux terrifier. En effet, qui n'a jamais eu peur de la silhouette de ses jouets, pourtant si rassurante en plein jour, devenue menaçante la nuit tombée ?

L'un des moins connu du genre est ce Dolls, troisième film d'un Gordon tout auréolé d'un succès d'estime nommé Ré-Animator. Associé à un certain Charles Band, grand Pape de la série Z bien nanardesque, voir daubesque pour la très grande majorité, le réalisateur se voit confié un budget minuscule pour un scénario pourtant d'envergure et au potentiel assez énorme sur le papier.
Un soir d'orage, une fillette, son père et sa seconde épouse (une femme riche qui déteste sa belle-fille) trouvent refuge dans une vieille maison occupée par un vieux couple plutôt étrange, les Hardwicke. Le vieil homme est un fabricant de poupées et de pantins et la maison est pleine de ces figurines de porcelaine ou de bois. Trois autres personnes viennent à leur tour s'abriter chez les Hardwicke : un homme au tempérament plutôt enfantin et deux filles punk, lesquelles font rapidement main basse sur tous les objets qui leur plaisent dans la maison. Mais ce soir-là, les poupées vont bientôt se révéler comme étant possédées, agressives, violentes : vivantes et revanchardes !

Un scénario traité comme un conte de fées horrifique, avec des personnages antipathiques au possibles créés dans l'unique but de se voir punir pour leurs fautes commises. La finesse a été mise de côté au profit d'une moralité qui pourra en faire sourire certains par son innocence, mais qui a le mérite de toucher : seuls les enfants dans l'âme survivront à une nuit de terreur. Mieux, ceux dont le coeur n'est plus pur se voient eux-même mutés en jouets. Objet de l'attention des enfants, alors que l'attention de ces adultes allaient vers tout... sauf l'enfant. Pertinent.
A aucun moment, le film ne devient grossier, et c'est là tout l'exploit de Gordon. Jamais on ne sent de sa part une sorte de sourire en coin, même si le film est parsemé d'humour noir, son honnêteté est touchante et même troublante tellement la figure du père indigne ou de la belle-mère cruelle est forte. Les traits sont grossis, ce qui commence à signifier que le point de vue est celui de la petite fille. Impression confirmée par des gros plans en contre-plongée sur les adultes au coeur impur... sauf sur le personnage de Ralph qui se trouve être un grand enfant, confirmé par les poupées elles-même.

On l'aura compris, Gordon a réussi son film sur l'ambiance, mélangeant adroitement innocence et cruauté. Seulement, son film n'a pas les moyens de ses ambitions. Les SFX sont, au mieux, supportables, mais généralement catastrophiques. En effet, Gordon n'hésite pas à montrer ses poupées intégralement, et l'aspect factice saute bien trop aux yeux. Dommage, car les quelques effets gores, comme une tronche à demi explosée, sont très regardables et assez courts pour ne pas être décortiqués.

Au final, un conte de fées assez noir (pléonasme pour ceux qui connaissent, par exemple, l'oeuvre des Grimm), très bien ficelé par un réal malheureusement sous-côté.

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