Johnny au Royaume des Filles

Avis sur Les Proies

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La chanson fredonnée qui ouvre le film, comme cette image du noir corbeau attaché qui se débat, donne le ton, extrêmement pessimiste, de ces Proies. Dès les premières minutes, en effet, le film de Don Siegel sonne comme une lente agonie, l'histoire d'un mort en sursis. Et comme la gangrène infecte les blessures de guerre, la présence d'un caporal nordiste dans une école de jeunes filles va décupler tensions latentes et révéler quelques lourds secrets cachés derrière les portes closes de l'établissement.

Le corps étranger, hypocrite et cynique, séduit, manipule et joue de son charme. Son premier baiser, il le réserve même à une très jeune fille pour s'assurer protection et soins. Le rôle antipathique de Clint Eastwood est le prétexte, pour Don Siegel, de peindre des portraits de femmes qui n'auront jamais été aussi sombres au cinéma. De mener une description tout aussi pernicieuse que subtile de leur psychologie. Car aucune ne se révèlera innocente, loin de là, même les enfants qui se vengeront des trahisons amoureuses. Toutes se montrent tour à tour possessives, jalouses, violentes, se disputant l'homme qui brouille les repères et fait monter une folie ambiante de plus en plus malsaine, les pulsions et les frustrations sexuelles jusqu'ici contenues.

Mais les hommes ne valent pas mieux, après tout. Clint, certains sudistes qui cherchent un abri, tous, finalement pessimisent un peu plus encore le propos et le portrait de l'humanité qui est dressé. Le contexte de la guerre de Sécession, constante toile de fond du film et menace que l'on devine proche, n'est d'ailleurs pas innocent, une guerre sale illustrée de quelques photos sépia alors que débute le film, qui brouille un peu plus les repères et la perception des ravissantes pensionnaires.

Les Proies se dessine comme un excellent huis clos vénéneux qui étouffe littéralement le spectateur alors qu'il laisse libre cours aux pulsions de toutes natures. De prédateur qui joue de son harem et des attentions des femmes à son service, le blessé devient un soldat isolé en territoire ennemi, ainsi que la victime du déchainement des attirances et des jalousies. Siegel en fait une figure quasi christique, le temps de quelques plans extrêmement puissants et évocateurs de l'iconographie religieuse. Séquestré, objétisé, mutilé, Clint est pris au piège d'un monde féminin fait de convoitises et de sexualité réprimée. Ce renversement des perspectives et des rapports de force achève de faire de Les Proies une oeuvre de haute volée, intense, d'une noire beauté déréglée. Un long métrage à l'atmosphère pesante, profondément dérangeant dans sa mise en scène et dans ce qu'il illustre, le tout au service d'une efficacité implacable.

Behind_the_Mask, qui se joue de la gent féminine.

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