Un film d'époque cousu mains mais auquel il manque de tension sexuelle et de venin.

Avis sur Les Proies

Avatar Rémy Fiers
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Il est plutôt étonnant, de prime abord, de voir Sofia Coppola s’atteler pour son sixième film à une reconstitution d’époque, qui plus est un remake. Elle, qui à l’accoutumée est plus habituée à sonder les vicissitudes adolescentes et/ou féminins dans un monde bien contemporain, se plonge donc en pleine Guerre de Sécession pour y mettre un Colin Farrell blessé en soldat confédéré dans un pensionnat de jeunes filles. Au final, son film lui ressemble tout de même beaucoup et le fond est tout aussi féministe, sans que ce terme soit un défaut, que peut l’être le reste de sa filmographie. Ce sont bien les demoiselles qui tiennent le haut de la rampe ici et plus le film avance, plus cela semble une évidence. Si l’on passe un moment agréable et que, sans avoir vu l’original avec Clint Eastwood, on ne devine pas vers où le script va nous emmener, il y manque cependant un je ne sais quoi…

« Les Proies » a reçu le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes cette année. Sans que tous les films soient sortis, difficile de dire si c’est ce long-métrage qui le méritait le plus mais dans tous les cas, la cinéaste soigne toujours autant sa mise en scène. Sans être tape-à-l’œil, sa caméra enveloppe ce huis-clos dans la moiteur du sud-est américain avec volupté et des images léchées du meilleur goût. La grande maison coloniale où se déroule l’action semble endormie et coupée du monde et les plans de la réalisatrice la placent dans une torpeur crépusculaire qui donne à l’ensemble une ambiance éthérée tout à fait délicieuse. C’est d’ailleurs dans la façon dont elle plante le contexte et l’impression ouatée qui en ressort que la fille Coppola s’en tire le mieux.

Pour ce qui est de la trame générale, elle semble moins à l’aise. Son film peut sembler plat mais paradoxalement il est peut-être trop court. En effet, la plupart de ses personnages ne sont pas assez creusés et on ne peut vraiment s’attacher à eux ou à leur histoire. L’exemple le plus frappant est le personnage d’Elle Fanning réduit à une post-adolescente aguicheuse et peu farouche. Hormis minauder, on n’en sait que très peu sur elle. Quant à Colin Farrell, si sa beauté virile est parfaite pour le rôle, son personnage passe trop rapidement d’une attitude à l’autre sans parfois de réelle logique et le comédien ne semble pas toujours à l’aise. Nicole Kidman et Kirsten Dunst sont mieux loties mais n’ont pas assez de temps à l’écran pour étoffer leurs rôles. Surtout, il manque surtout de la tension sexuelle inhérente à un tel sujet mais aussi de sensualité refoulée et de venin pour que le trouble recherché puisse agir. « Les Proies » semble trop timoré et n’en devient qu’une simple évocation d’une invasion masculine au pays des femmes.

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