Les proies et l'ombre

Avis sur Les Proies

Avatar Kevin Chartron
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Eclairé à la bougie (façon "Barry Lindon" de Kubrick, dont le "Shining" n'est pas très loin non plus), avançant sur le rythme lent auquel Coppola a habitué le spectateur depuis "Virgin Suicides" ou "Lost in translation", "Les proies" trouve son équilibre entre une bonne direction d'acteurs (Colin Farrell et Kirsten Dunst convaincants, Nicole Kidman rappelant son rôle dans "Les autres") et une mise en scène élégante (mais sans éclats). Cela n'évite certes pas quelques trous d'air dans le récit ou quelques séquences peu inspirées (le lustre décroché du plafond par un coup de pistolet, façon film d'action des années 80) mais Coppola tient son film. D'autant que chaque personnage devant sa caméra (même si certains manquent de développement) trouve sa place.

Mais davantage remake de "Les proies" de 1971 (avec Clint Eastwood dans le rôle du soldat), que nouvelle adaptation du roman de Thomas Cullinan, le film de Coppola propose bien souvent une identité parfaite avec celui de Don Siegel, jusqu'à des plans au mimétisme soigné. Seulement l'illusion de revoir le même film ou un film aussi puissant se dissipe rapidement. Car Coppola évacue d'emblée la question raciale. Si chez Siegel une esclave noire vivait dans le pensionnat et s'affirmait face à l'antipathique et manipulateur McBurney, le film de Coppola nous apprend dès le début que les Noirs ont tous quitté les lieux. Exit donc le regard porté par l'Amérique sur le sort fait aux Noirs (ce qui aurait eu toute sa place ici). Reste donc le fond féministe du film. Comment Coppola filme-t-elle ces femmes au désir opprimé et empêché face à un homme qu'elles désirent et qui leur ment pour arriver à ses fins ? Souvent avec tact mais parfois avec une absence sidérante de finesse. Si Nicole Kidman épate encore une fois avec un jeu d'expressions formidable, à aucun moment, on ne retrouve la tension et la cruauté entre les personnages présentes dans la première version. A tel point que le final de Coppola, après un film ne manquant pas d'humour, semble presque parodique. Seulement, est-ce volontaire ?

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