👉 20 mai : Mise à jour de notre journal de bord (qui devient hebdo)
Le bilan de la nouvelle version du site est accessible ici.

Le pensionnat des jeunes filles sévères

Largement réévalué depuis son échec commercial et critique initial, grosse plus-value et petite diffusion, culte bien ancré, ambiance lourde assurée, les attentes sont donc forcément hautes. L'affiche* est belle et ce gros plan donne bien envie en plus. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que "Les Proies" ne fait pas les choses à moitié ni comme les autres. En commençant directement par un Eastwood, Yankee blessé, retors et vicelard, qui embrasse une gamine de douze ans dès la troisième minute, il y a de quoi paniquer d'emblée. Imaginez un public composé d'ados en attente du prochain western d'action de la star et de femmes libérées venues se divertir...

En forme de huis-clos psychologique resserrant lentement son étau, un petit harem va se constituer autour de Clint, qui ira très loin (pour dire, j'ai même pensé au "Couvent de la bête sacrée" dans le genre bon gros huis-clos blasphématoire) mais tellement l'air de rien, avec douceur, en parfaite sainte-ni-touche même, poussé par les hormones en ébullition de Clint qui infestent littéralement toute la baraque du sous-sol au grenier.

J'ai un peu pensé à "Misery" aussi sauf qu'il n'y a pas de gentil et de méchant. Tout le monde est à la fois sacrément humain (voire légèrement caricatural mais ça passe super bien) et entièrement déformé par cette guerre à l'agonie mais toujours là, présente par sa seule odeur méphitique. Ses relents nauséeux de soldats devenus des bêtes de survie en rut restent distants mais imprègnent néanmoins copieusement la maison de jeunes filles où échoue Clint, Caporal John McBurné mystérieusement blessé. Pour ne rien gâcher, sa position centrale est ultra ambigüe. Réfugié dans ce pensionnat en plein territoire confédéré, il démontre de suite un puissant instinct de séduction manipulatoire tout en douceur qui embrouille encore bien davantage la situation. Et si une des patrouilles sudistes essayait de s'introduire et découvrait l'ennemi en son sein ?! Et comment pourraient réagir ces frêles jeunes filles ?! Et saurait-t-il les protéger si des Yankees arrivaient !? Et que va-t-il se passer avec la belle esclave ? Etc. Les hypothèses fusent.

Coupées du monde mais non loin du front, nos six bonnes et jeunes chrétiennes et leur bonne et vieille directrice sont toutes autant en manque d'homme qu'imprégnées de l'instinct de survie teinté de foi qui sied en temps de guerre. C'est un peu "La barrière de chair" sauf que le soldat tombe dans un pensionnat au lieu des prostituées... Ouais non. Géraldine Page et Elizabeth Hartman à fond, d'abord méfiantes, basculent progressivement vers une seconde moitié tout en non-dits suggérés de folie perverse. Délicieux.

Clint est parfait, la mise en scène prenante, les dialogues ciselés, la tension et l'humour cynique permanents, on pourra redire sur les directions un peu faciles et rentre-dedans d'un scénario tout de même assez simpliste mais ça met sa claque comme rarement dans son genre. À l'aide de fondus enchaînés bien insistants, Don Siegel ajoute brutalement quelques voix-off de pensées secrètes, quelques brefs flashbacks de passé du héros et quelques inserts de fantasmes rêvés. Je ne sais si c'est une demande d'Universal pour rendre le tout un peu moins perturbant mais ça marche pas en tout cas, c'est encore plus cinglé !

drélium
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de coeur et l'a ajouté à ses listes Héros handicapés, °Chroniques de pépites, Les meilleurs films coup de poing et Merci Quantiflex !

il y a 7 ans

51 j'aime

19 commentaires

Les Proies
Sergent_Pepper
8
Les Proies

Smells like keen spirit.

Don Siegel poursuit l’aventure avec Eastwood en lui proposant de nouvelles terres de conquêtes, délaissant le western au profit d’un récit historique et psychologique. A l’abris supposé de...

Lire la critique

il y a 7 ans

59 j'aime

7

Les Proies
drélium
8
Les Proies

Le pensionnat des jeunes filles sévères

Largement réévalué depuis son échec commercial et critique initial, grosse plus-value et petite diffusion, culte bien ancré, ambiance lourde assurée, les attentes sont donc forcément hautes...

Lire la critique

il y a 7 ans

51 j'aime

19

Les Proies
Docteur_Jivago
8
Les Proies

Derrière les masques

C'est en pleine guerre de sécession que Don Siegel nous envoie avec Les Proies en 1971, récit narrant les péripéties d'un soldat nordiste blessé à la jambe dans un pensionnat sudiste pour jeunes...

Lire la critique

il y a 5 ans

34 j'aime

13

Drive
drélium
5
Drive

Dry

Une masse du public en extase, une presse dithyrambique, une moyenne SC indolente, un paquet d'éclaireurs divers et variés quasi unanimes en 8 et 9. Même le projectionniste avant la séance me sort un...

Lire la critique

il y a 10 ans

195 j'aime

85

World War Z
drélium
2
World War Z

Brade pire.

Misérable. Pire film de zombies. Je m'attendais à rien et j'ai eu rien. J'ai même eu plus que rien, ou plutôt moins que rien. Il n'y a rien. Les seules scènes valables sont les trois moments...

Lire la critique

il y a 9 ans

178 j'aime

65

Requiem pour un massacre
drélium
10

Va et regarde la guerre

Il y a peut-être un micro poil trop de gros plans de visages pétrifiés qui mettent en évidence un fond légèrement binaire comparé à d'autres œuvres plus ambigües et analytiques. Il n'est pas question...

Lire la critique

il y a 11 ans

169 j'aime

18