L'apothéose du mélodrame minellien

Avis sur Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse

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Ce remake du film muet de Rex Ingram avec Rudolph Valentino, est généralement considéré par les fans de Minnelli comme son chef-d'oeuvre. Je leur donne entièrement raison car lors de mon premier visionnage, j'étais ado et ce film m'avait fortement impressionné, je l'ai revu 2 ou 3 fois plus tard où j'ai pu mieux analyser certains paramètres qui m'avaient sans doute échappé. Je trouve même que Minnelli n'a rien à envier à Douglas Sirk, réputé à Hollywood pour ses mélodrammes flamboyants.
L'action est transposée au cours de la Seconde guerre mondiale alors que le film de 1921 se déroulait au cours de la guerre de 1914-1918, c'est juste une actualisation qui permet à Minnelli d'opter pour le cadre de l'Occupation en France et surtout d'apporter une réelle profondeur en élaguant un peu cette soupe de dilemmes moraux et de roucoulades sentimentales qui apesantissaient le roman de Blasco Ibanez. Rarement le style de Minnelli a été aussi somptueux, c'est ce qui m'avait frappé la première fois ; la MGM réputée pour son soin dans toutes les étapes de la production, a mis au service de son réalisateur maison la photo de Milton Krasner et de George Perinal, avec des couleurs qui apportent une magnificence à toutes les scènes (le rouge des restaurants parisiens, les teintes fauves des séquences argentines, le vert étrange des uniformes allemands, et les apparitions inquiétantes des fameux 4 cavaliers, symboles du chaos).
Les décors de Henry Grace et la musique d'André Previn s'ajoutent à tout ce décorum, tout comme le format Cinemascope qui donne une ampleur au drame, et bien sûr le casting international parmi lequel on trouve un Glenn Ford plus inspiré que dans d'autres films que j'ai pu voir avec lui. Il faut dire que pour jouer un dandy d'origine argentine qui festoie à Paris et reste indifférent au conflit qui se joue, il fallait un acteur assez froid, et Ford affiche une belle sobriété de jeu même s'il est un peu trop âgé pour le rôle, il est dommage que le studio l'ait préféré à Alain Delon que Minnelli aurait souhaité parce que plus conforme de visage au personnage ; Minnelli l'avait en effet rencontré à Rome et l'avait vivement recommandé, en plus il parlait l'anglais, mais la MGM prudente, ne connaissant pas le jeune Delon et refusant le risque d'un débutant en premier rôle, a préféré un acteur américain.
Le prologue en Argentine avec Lee J. Cobb qui tient un rôle court mais marquant, est également formidable et permet d'introduire l'histoire en marquant les antagonismes, le récit s'articule ensuite sur le choc de 2 mondes, où 2 familles vont se déchirer dans le feu de la guerre, opposées par le biais de 2 cousins que le destin va tragiquement réunir après les avoir séparés. Il est question de nazis et de Résistance française, de mari et d'amant où Julio, le héros incarné par Glenn Ford, erre d'un bord à l'autre, au sein d'un monde apocalyptique où la guerre ravage les pays et les familles, détruisant tout sur son passage de façon implacable.
Le film pose donc des questions comme la neutralité, l'engagement, l'indifférence, le fanatisme, la relation coupable etc... Minnelli filme tout ceci de façon magnifique avec une caméra de maniériste enivré, donnant ainsi une vraie forme esthétique au fond d'une oeuvre au départ assez banale qui ne montre de la guerre que les facheuses retombées symbolisées par les redoutables cavaliers. Une fresque mélodramatique somptueuse, qui perd un peu d'intensité vers la fin mais qui remue l'esprit et distille une émotion sincère, et qui assoit le talent d'un réalisateur qu'on a cru limité au genre musical.

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