C'était pour Balzac !

Avis sur Les Quatre Cents Coups

Avatar L_amateur
Critique publiée par le

La France, cette fameuse terre d'immigration éternelle, tout ça. Sauf avant les années soixante-dix. La France avant ça ressemblait à ça. On se dit maintenant, les enfants c'est vraiment bête, c'est pas la peine de les emmerder avec l'école, les choses à apprendre... De toute façon un enfant, ça ne peut pas se concentrer. Une dictée ? Scène choquante du film, abracadabrantesque, de la torture encore pire que les baffes. Pire encore, une récitation ! Aujourd'hui c'est forcément le père le salaud de la vie dans les films, toutes ses figures - salauds de flics ! Ici c'est la mère qui est dévorante, affreuse et dépassée. Bien. C'est inimaginable, c'est indécent, ça te donne l'impression que c'était possible, autre chose que ce qu'on a aujourd'hui. Au-delà des qualités du film dans l'écriture, dans le silence, sa mise en scène etc., je savais que ça me ferait mal au cœur de finalement le voir. J'ai quoi aujourd'hui culturellement comme équivalent des Quatre Cent Coups ? Histoire de se dire qu'on est encore une civilisation, qu'on est vivants ? Pas juste un lieu de tourisme, d'un passé dont nous ne sommes pas dignes. Où même les voyous et les enfoirés savaient parler la langue de leur pays, et s'exprimer avec décence, même dans l'insulte, la gouaille, le verbe putain. Où les enfants, presque des hommes et encore sur le chemin de l'éducation des sentiments, qui rêvent aux femmes et aux cigares, de mener leurs vies et d'être libres, et pas des raclures décérébrées accrochées à de la merde, où les adultes certes ne doutent pas un instant de leur autorité, même en abusent, le cœur du film avec sa famille recomposée, et font du mal et les gamins se tirent, s'en tirent comme ils peuvent et se débrouillent, enfin existent, et plus que nous, et que le flic écrit spontanément "subrepticement" dans une déposition, et qu'un gosse génial et lyrique - sa fugue ! fait un autel à Balzac dans sa chambre. C'était mieux avant, même quand c'était le bordel aussi.
Le reste, tout le monde le sait déjà, ou bien devrait le savoir, ce film est fin, intelligent, réel et fantasque, brillant et vrai, dur. On sent grandir l'enfant, c'est tout ce qui compte, et justement son désarroi, scène merveilleuse finale, où nous passons, vainement, pourtant avec espoir, de la mère à la mer... Pour les beaux mots et la patience d'écrire sur quelque chose de magnifique, je vous renvoie à la critique de Fleming, qui est très bien.

https://www.senscritique.com/film/Les_Quatre_Cents_Coups/critique/56327377

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 192 fois
6 apprécient · 1 n'apprécie pas

Autres actions de L_amateur Les Quatre Cents Coups