un Disney culinaire en prise de vue réelle

Avis sur Les Recettes du bonheur

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Hassan Kadam débarque en France avec son père et ses quatre frères et soeurs dans l'optique de poursuivre le rêve familial, ouvrir un restaurant. Après Rotterdam et l'Angleterre où "les fruits d'ont pas d'âme", ils roulent en campagne gersoise jusqu'à ce que leur frein les lâchent à St-Antonin où une jeune sous-chef les aide à gagner le bourg de St Antonin. Une maison est à vendre devant le restaurant étoilé Le Saule Pleureur tenu par la veuve Helen Mirren qui continue à gérer le célèbre restaurant de son défunt mari. La famille est bien décidée à ouvrir leur restaurant ici-même. La guerre est déclarée.

Ce n'est pas une guerre, mais un choc des cultures, trois nationalités se retrouvent. Américaine (6 productions?avec en tête 2 Spielberg) ou Anglaise (dans la diégèse de l'histoire), Indienne et Française. Le suédois Lasse Hallström a déjà travaillé avec Julianne Moore, Kevin Spacey, Johnny Depp, Leonardo DiCaprio, Richard Gere ou encore Heath Ledger en adaptant des livres à succès (Annie Proulx, a qui ont doit "Brokeback Mountain" 10 ans avant le film d'Ang Lee, avec "Terre Neuve", l'adaptation de "Chocolat", "Des saumons dans le désert" d'après le roman de l'homme d'affaire/romancier Paul Torday...) Bref ce qu'il aime, ce sont les grandes émotions humaines, les caractères et les mouvements amples et fluides, quasi aériens.

Au casting, le rôle de Michel Blanc est assez ingrat en avocat goinfre tandis que Charlotte Lebon pétille avec un anglais prononcé plus qu'excellent et Helen Mirren d'une grâce à la française porte sur ces épaules fines cette comédie culinaire existentielle. Le "jeune" Manish Dayal (31 ans donc entre guillemet) n'est peut-être pas aussi talentueux qu'il l'est en cuisinier autodidacte, mais il respire le bon sens. Aucune faute au casting, pour moi c'est déjà un tiers du pari gagné.

En effet, j'ai tendance à toujours noter un film selon trois critères principaux: 1) l'écriture au sens large du terme (que ce soit l'histoire, la construction que le développement des personnages), 2) la mise en scène qui englobe techniques et maîtrise de la direction d'acteur, puis enfin 3) le casting, les dits-acteurs. Je n'ai que quelques reproches donc sur les deux premiers.

1) Personnellement, je trouve que les enjeux sont un peu mous, ce n'est pas d'ampleur visuelle ou auditive dont je veux parler, mais de noeuds narratifs. [SPOILER: Les morts des deux époux, de Mme Mallory et Papa,:sont trop exclus, écartés au profit du jeune indien qui a moins de charisme que Charlotte Lebon alors qu'il est le personnage principal.] On a l'impression que cela glisse tout seul, sans véritables obstacles majeurs et puissants. Ce n'est pas désagréable, car la mise en scène et les personnages nous emportent un peu naïvement dans ce conte culinaire. De la cuisine indienne, à la subtilité et au raffinement bourgeois jusqu'à la cuisine moléculaire. On aborde tout un pan de la cuisine qui ne peut que plaire au apprenti cuisinier que je suis.

2) On retrouve une mise en scène en feux d'artifices, sans jamais exploser et causer la moindre nuisibilité. Le réalisateur a voulu que les saveurs explosent en bouche et ce n'est qu'à moitié réussi. Entre l'abondance des saveurs orientales ou l'équilibre pincée d'une cuisine fine à la française, la mise en scène semble aborder les même dosages avec un énorme relâchement lorsque Hassan est monté sur Paris (que montrer? quel nécessité scénaristique, enjeu au personnage d'Hassan? Cela reste à définir. Excepté la consécration de la troisième étoile Michelin j'entends). De magnifiques mouvements de caméra qui m'ont provoqué de belles surprises, des lumières climatiques sensationnelles presque toujours accompagnée de flair light qui traversent la fenêtre ou s’immiscent gracieusement pour dessiner les contours. Cela contribue aux charmes des vieux villages français.

"L'émotion à la Disney", par comparaison à la grandeur orchestrée des films d'animation, dans un but assez primaire de provoquer une émotion sur un fond politique (au sens de message à faire passer uniquement hein!). Ici l'ascension socio-professionnelle sur arrière plan d'immigration. J'ai eu du mal à croire à l'historie d'amour, ai voulu voir approfondir le parallélisme des relations sentimentales entre jeunes et "anciens".

Un Disney, en général c'est drôle, c'est touchant, c'est détonant. On a les mêmes ingrédients, en un peu plus léché et superficiel, mais ce n'est pas déroutant. En cette fin/début? d'été, on a le choix entre reprendre un verre de menthe à l'eau en térasse ou aller voir le dernier Lasse Hallström. Les effets sont identitiques.

PS: j'entends deux femmes qui sortent de la salle "c'est frais, c'est drôle, parfait pour se vider la tête!" N'allez pas au cinéma pour vous vider la tête s'il vous plait, ce n'est pas un dépotoir de mauvaises journées, il y a la télé pour cela, mais pour vous la remplir!!! D'images, de questions, de souvenirs...

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