La vie des samourais sans maitre n'est pas un long fleuve tranquille...

Avis sur Les Sept Samouraïs

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Tout d'abord, je tiens à préciser que les Sept Samourais est plus un film de samourais qu'un film de sabre à proprement parler. Pour des combats de sabres épiques, mieux vaut voir des films comme Sanjuro, Zatoichi, Goyokin, Harakiri, ou la plupart des Misumi. Pourtant, Shichinin No Samurai est immédiatement devenu pour moi l'un des plus incontournables et des plus fascinants films japonais que j'ai eu la chance de voir jusqu'à présent. Ce n'est pas une nouveauté, mais Kurosawa démontre encore tout son génie pour plonger avec une aisance déconcertante le spectateur dans l'ambiance qu'il a souhaité donner à son film. Pourtant, avec une durée de 3h25, le challenge était plutôt relevé...

Mais Akira, ce génie, n'a que faire des dangers du temps qui finit toujours par devenir son plus précieux allié. Le jeu du temps et des plans, des prises de vue et des émotions qu'elles provoquent constituent son terrain d'expertise. Alors quand en plus d'un scénario soigneusement étoffé et maitrisé à merveille, il nous gratifie de la présence d'acteurs fantastiques, il en résulte nécessairement un grand film. Car Shichinin No Samurai est bien un grand film. Bien entendu, un de ses acteurs fétiches, Toshiro Mifune répond présent, et on ne s'en plaindra sûrement pas. De plus, les autres samourais, plus particulièrement Seiji Miyaguchi et Takashi Shimura, qui jouent respectivement les rôles de Kyuzo et de Kambei Shimada, transpirent autant le charisme que la sobriété : impressionnant.

L'histoire des Sept Samourais débute par un village aux habitants désespérés car périodiquement détroussés de leurs maigres possessions par 40 samourais renégats, qu'on appellera plutôt "bandits", et ne parviennent pratiquement plus à manger suffisamment pour espérer survivre. Seule solution : dénicher des samourais qui pourront les protéger en se contentant d'un toit et de riz en guise de paiement. Difficile mission s'il en est. Ils rencontrent Kambei Shimada, un samourai qui a déjà passé la force de l'âge, mais dont les expériences heureuses ou terribles jaillissent de tout son être. Il finit par prendre en pitié ces villageois désespérés et se met à rechercher 6 samourais pour l'accompagner, considérant que 7 samourais est un nombre suffisant pour protéger le village de ses agresseurs.

Et là, j'ai pu assister au meilleur recrutement qu'il m'a été donné de voir dans un film. Kuro a bien soigné ce passage (que n'a-t-il pas soigné ici de toute manière ?), prenant le temps -30 minutes sans compter "l'adoption" de Mifune- de présenter la personnalité de chaque samourai qui viendra rejoindre le groupe. Une occasion de les découvrir, et de savourer plus encore ce qui va suivre... Quant à Toshiro Mifune, son recrutement est tout simplement exceptionnel ; la scène dans laquelle il se "présente" aux autres complètement bourré (5 bonnes minutes, facile !), celle de son grand et fabuleux premier "discours" empli de véracité et imparable face aux villageois... Il surjoue, comme souvent, mais franchement, qu'est-ce que c'est bon ! Voir surjouer cet acteur ne pose jamais de problème, au contraire, cela ajoute encore plus de poids au personnage et à ce que le réalisateur veut nous démontrer à travers lui. Car Kuro s'exprime librement au cours de ces 3h25, durée certes effrayante mais qui pour moi ne contient aucune "mauvaise" longueur. Et puis, ce moment durant lequel on se retrouve face à un écran noir avec en son centre deux kanjis japonais (qui se prononcent Kyûké = entracte ; merci à RKM) et une musique tellement immersive que l'on a aucunement besoin d'images pour comprendre la scène, ce qui à mon sens est une véritable prouesse, ce passage durant bien 5 minutes.

Et puis, cette fin qui m'a fait rager, ce rideau qui se referme si lourdement que je ne l'ai pas senti arriver... Kurosawa, ce génie, ce chef d'orchestre, ce poète, cet homme pas comme les autres qui vous rappelle et vous démontre dans chacun de ses films qui sont les Hommes, et vous balance leur véritable nature en pleine face, comme une claque monumentale qui vous marque à jamais. J'ai encore cette terrible rougeur sur ma joue, et le fait d'y penser à nouveau ne parvient qu'à faire remonter vivement cette douleur. Pour sûr, cette fin, je ne suis pas près de l'oublier...

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