Vivez toutes les émotions du cinéma avec Orange

Bande (pas) originale

Avis sur Les Trolls

Avatar RaZom
Critique publiée par le

L’industrie du cinéma a horreur du vide : tant pour les sorties que pour le taux de remplissage des salles, la durée de vie d’un film est donc aboutée à des variables. Sans pour autant verser dans la simplicité, cette "cruauté" est d’autant plus prégnante quand elle est appliquée aux catégories de films. Trolls, par exemple, est le dernier-né DreamWorks. Il succède au dernier Universal (Kubo & l'Armure Magique) et sera sûrement oublié au moment du prochain Disney qui sortira fin 2016 (Moana). Cette concupiscence pourrait être commentée d’un point de vue qualitatif. Elle se résumerait plutôt selon moi à une addition : place + supplément 3D + Pop-Corn + boisson soit autant d’occasion pour les exploitants de vanter formules et autres mignardises. Pour les "habitués" du cinéma, plus cette addition se répète, plus la probabilité de voir le film en question décliné en suite/franchise est grande. Et donc de nourrir un peu plus ce fantasme de cette industrie qui a peur du vide, quitte à ronger et inévitablement vider le film de sa "substance".

Aussi, pour se distinguer, Trolls a d’abord balancé le nom du Producteur Exécutif de sa bande-originale, Justin Timberlake. Puis, il y a eu les 8 000 passages radio en août de "Can’t Stop the Feeling" et ses plus de 250 millions de vue sur YouTube (et entre les deux, un passage remarqué à l’Eurovision). Qu’importe la teneur de la bande-annonce, du casting, Trolls repose sur Justin Timberlake. Soit ce qui se fait de mieux en matière d’alliage pour un studio : un chanteur, une gueule, un nom, une voix, de l’acting et donc des talents de compositeur. Et donc autant d’arguments pour attirer un maximum de place + supplément 3D + Pop-Corn + boisson (+ réhausseur).

Inutile de dire que la déception est assez grande car seul un tiers des chansons ont été composées par le natif de Memphis. Importé par Marvel, le principe de la chanson pas originale est omniprésent ici. Précisons ici que certaines reprises sont réorchestrées, réinterprétées (& parfois de manière sympathique comme True Colours). Et donc de poser la question de l’honnêteté intellectuelle d’avancer l'argument massue Justin Timberlake comme compositeur de la bande-originale du long-métrage.

Russell Brand, Anna Kendrick, James Corden, Gwen Stefani, Zooey Deschanel: les noms (plus que les voix) sont un peu le nerf de la guerre dans cette lutte du "film d’animation de l’année". DreamWorks a donc réuni de l’anglais (valeur refuge au moment d’apprécier un projet dans l’entertainment actuel), du it-présentateur (le non moins talentueux James Corden) et Anna Kendrick (Anna Kendrick quoi). L’excès de noms provoque forcément des disparités dans l’utilisation des "compétences" du casting : Zooey Deschanel n’a qu’une chanson quand James Corden ne se contente que de chœurs. Christopher Mintz-Plasse est cantonné à des bribes de caprices et de maladresses d’éternel adolescent quand Russell Brand n’est qu’une caricature de son "image" d’être stone/haut-perché.

Et d'en venir forcément au manque de consistance du long-métrage. Bien sûr, l’audience visée implique une simplification (dans les interactions, les relations, la structure narrative). Mais peut-on réduire la joie qu’à de l’excès de couleurs, de bruits et des strass ? Il y a aussi cette énième variation autour de la pression, le diktat quant à la définition du rôle de chacun dans la société. La touche DreamWorks implique donc moins d’ingénuité, un peu de trashouille et un humour moins mielleuse. Double lecture, fausse irrévérence, petit psaume utopiste, Trolls s’acquitte (plutôt) bien de sa tâche sur ce point-là. L’ajout d’un personnage central usant du sarcasme intrigue dans cette entreprise d’uniformisation (des valeurs, de l’histoire, des personnages), dommage que ce contre-pied s’efface et s’explique de manière si sommaire. [Inutile de rappeler le rôle "crucial" de la 3D dans ce long-métrage (sic)]

Faut-il donc "nourrir" Trolls ? Face à la profusion de licences, impossible d’apprécier de manière honnête Trolls. Tant graphiquement que dans la trame, Trolls répond donc à une demande, celle du long-métrage pour enfants. L’impression de resucée n’en est que plus important : long-métrage dont la notoriété s’est faite par le merchandising (comme Transformers), par l’omniprésence médiatique, porté par une figure de proue (ici le duo Timberlake/Kendrick) et reposant donc sur la promotion. C’est donc plus le battage autour du film & la force de frappe de DreamWorks pour mettre en avant du film que l’on retiendra. Trolls est un peu à l’image de sa bande-originale : pas trop originale, recyclant situations et principes (plus par excès de prudence/sécurisation du retour sur investissement que par paresse), reposant plus sur les noms (et donc de réduire la part de risque quant au résultat au box-office) que sur le contenant et étrennant des promesses au final peu ou pas assez tenues.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 341 fois
Aucun vote pour le moment

RaZom a ajouté ce film d'animation à 1 liste Les Trolls

  • Films
    Cover 2016, c'est Toi(le) + moi...

    2016, c'est Toi(le) + moi...

    2016 année anniversaire...un quinquennat avec ce gentil Pass (fin du 3615 MyLife). Alors, tout en ne gardant pas son sérieux,...

Autres actions de RaZom Les Trolls