Plus jamais ça!

Avis sur Les Yeux jaunes des crocodiles

Avatar The_Rabbit
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Comment réussir à vous communiquer, via de simples mots, l’énervement que ce film a suscité chez moi ? Que l’on se mette d’accord dès le début : je ne suis pas trop difficile avec les films en général et je trouverai toujours de bons côtés aux réalisations les plus niaises mais j’ai horreur que l’on prenne le spectateur pour un imbécile ! Essayons de voir ce qui cloche…

Pour commencer, le tout est très mal joué. Impossible de rentrer dans le film et d’en profiter un minimum tant le jeu d’acteur est mauvais. On a droit par-ci par-là à quelques moments vrais et touchants mais tellement rares qu’ils restent anecdotiques (je pense au dialogue vers la fin du film entre Iris et sa mère). Certaines scènes sont très fortes scénaristiquement parlant (notamment le moment où les deux sœurs nagent) mais tombent très vite à plat. Les acteurs sont bien évidemment fautif mais c’est surtout la réalisatrice, je pense, qui est à blâmer car incapable de les diriger correctement mais incapable surtout de saisir leur talent. Cela va de pair avec des scènes qui arrivent parfois un peu au hasard, durant un peu trop longtemps et cassant le rythme du film. En parlant de talent, on a droit à tellement de clichés, de grosses ficelles écoulées et à tellement peu d’innovations que l’on se demande si Cécile Telerman n’a pas suivi le petit manuel du parfait réalisateur/scénariste. Et c’est décevant de voir à quel point tout est conventionnel et mal mis en scène alors que l’histoire est passionnante. C’était le vrai bon point du film à mon avis et lorsque j’appris qu’il était tiré d’un roman, je n’avais plus d’arguments pour le sauver.

Ensuite, il y a les deux véritables raisons de mon énervement. Tout d’abord, il est affligeant de voir que le cinéma essaie encore de nous convaincre que « les riches sont tristes et que la middle class a tout pour être heureuse mais ne le sait pas encore. » Depuis le temps qu’on voit ça, il serait temps de changer de discours. Je suis sûr qu’il y a des riches qui s’amusent terriblement et pour qui la vie n’est pas si mauvaise et je n’ai pas besoin qu’on me fasse croire que tout va mal chez eux pour que j’arrête de les envier. C’est toujours la même chose mais sache une chose, Cinéma, j’ai compris il y a longtemps que tout le monde a des problèmes, que l’argent n’arrange pas souvent les choses et je ne veux pas que tu me rassure quant à ma condition d’être humain lambda.
Mais ça n’est pas tout, car il y a quelque chose de beaucoup plus dérangeant ici et c’est cette espèce de carriérisme affligeant. Quand Iris fait passer sa renommée avant sa famille et que l’on comprend que c’est mal, on a une critique claire d’un monde faux, basé sur les apparences et l’étalage social de sa réussite. Alors pourquoi autant se focaliser sur la réussite dans le film ? Le père est un sale type et c’est un looser fini, son trait de caractère étant défini par l’échec de son entreprise, tandis que Stéphanie renoue avec sa fille à partir du moment où cette dernière apprend que c’est sa mère qui a écrit le livre et non pas Iris. Hahahaha, mais où allons-nous ? Le père est un salaud mais en plus il échoue avec ses crocos, comme si cela devait nous conforter dans notre mauvaise image de lui. Quant à Stéphanie, elle ne devrait pas être aimée par sa fille parce qu’elle a écrit un livre ! Si elle avait été caissière, elle n’aurait donc pas mérité l’amour et la reconnaissance de cette petite ingrate? Cette femme est charmante dès le début, c’est quelqu’un qui a du cœur, qui se laisse trop faire et qui a du mal à se faire respecter mais heureusement qu’elle sait écrire, sinon sa fille aurait bien raison de lui cracher au visage. Comprenons-nous bien, il est évident que c’est la découverte par Hortense que tout n’est pas rose dans les hautes sphères qui est intéressant et qui induit son changement de vision par rapport à Iris mais c’est le livre qui lui permet de se dire que sa mère n’est pas une grosse nulle. Ca n’est donc pas le fait de se tuer au travail pour ses enfants ni sa gentillesse qui est important mais le fait qu’elle ait écrit ce bouquin. Et c’est honteux ! Tu es tombé dans le piège petit spectateur sans défense, on te fait croire que la vie ça n’est pas la réussite financière ni la reconnaissance sociale mais que c’est le talent et ta capacité à faire de grandes choses qui importent et t’amène le respect des autres. C’est tout aussi vicieux comme discours car tu peux être une personne extraordinaire même si tu ne sais pas écrire, dessiner, jongler, parler anglais, jouer de la flute avec ton nez ou même danser. Voilà, à mon avis, le plus dérangeant dans ce film.

Cette critique est beaucoup trop longue, surtout vis-à-vis du nombre de lecteur qu’elle attirera mais il fallait bien vous dire tout ce qui cloche dans ce film, aussi bien au niveau de la réalisation que du message. On nous prend pour des billes et c’est scandaleux. Par pitié, plus jamais ça…

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