La dernière clé vers l' "entertainment" objectiviste avec espace-temps augmenté

Avis sur Les aventures de Dollie

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Ces Aventures de Dollie marquent l'avènement d'un des premiers modèles du cinéma : David Wark Griffith en tant que réalisateur. Avant ce film réalisé avec un budget dérisoire (l'équivalent d'un millier de $ un siècle plus tard), l'homme d'Intolerance et Birth of a Nation a essayé le costume de dramaturge, puis Porter (Great Train Robbery, Life of an American fireman) en tant que producteur a recalé son script. Porter fait de Griffith un acteur (1907), très vite récupéré par une société concurrente (American Mutoscope and Biograph Company), qui l'appuie pour se lancer dans la réalisation.

Les Aventures de Dollie se distingue par son scénario élaboré, avec les choix de direction à sa suite, soit le temps virtuel et (comme chez les Lumière, mais avec un rapport dynamique) les extérieurs. Ainsi Dollie est à contre-courant des représentations coupées de la réalité physique, enfermées dans un temps à une dimension, croulant sous les accessoires et les imitations fragiles. Cependant Dollie ne retrace qu'une petite péripétie (ne réglant pas le cas du fautif, sorti du champ), culminant avec la dérive du tonneau – donnant les scènes les plus riches esthétiquement, en supposant un 'regard' les pieds dans l'eau.

À l'époque, les chase-films les plus longs et consistants ont fourni autant même s'ils restent accrochés à une direction simpliste (dans le scénario, Rescued by Rover fait des allers-retours, Audacieux cambriolage en plein jour se distingue par sa variété de lieux et son ajout de fracas le long de la poursuite). Dollie ne serait pas retenu par l'Histoire s'il ne comptait que sur ce qu'il raconte ; il reste un marqueur parce qu'il introduit le montage alterné. À un niveau primitif il exerce la séduction de ses descendants, en envahissant la réalité et la 'corrompant' au lieu de la re-créer carrément et en miniature ; en fonctionnant comme un roman d'aventures accessible, sans précautions spécifiques à exiger (contrairement à un projet ambitieux comme L'Assassinat du duc de Guise au même moment) telles que des bases culturelles (comme La Vie et la passion de Jésus-Christ en 1906, premier 'long'-métrage).

C'est encore l'éclosion, a-priori, d'un cinéma qui n'est là que pour divertir en créant de l'insolite, des diversions constantes et imbriquées, tout en traînant ses références passivement – et, tant que le son n'est pas de la partie, s'exportant et se faisant comprendre partout sur la Terre, au moins potentiellement. Dans les années qui viendront, le cinéma américain et suédois (Sjostrom) submergera l'offre française 'artisanale' (Zecca, Méliès). Les britanniques, qui ont tardé à commercialiser en masse le cinéma, seront également dépassés, maintenant que leurs contributions techniques (notamment grâce à l'école de Brighton et ses affiliés – par exemple via La Loupe de grand-mère) sont digérées par de nouveaux pionniers.

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